Jazz et documentaire

À peu de choses près, jazz et cinéma ont le même âge. Le premier film parlant s'intitulait « Le Chanteur de jazz ».

Pourtant, il faut attendre l’après-guerre et l’apparition des documentaires pour que la rencontre se concrétise. La spécificité rythmique du jazz retient l’intérêt des documentaristes et se marie parfaitement avec ce type de narration.

Le premier exemple marquant est « Le Vampire » de Jean Painlevé en 1947. Un documentaire sur les chauve-souris sur une musique de Duke Ellington.

Quelques années plus tard, en 1956, André Hodeir met en musique le film de Jacques-Yves Cousteau « Autour d’un récif ».

Interview d'André Hodeir, 1956

Jazz au cinéma

A la même période, la France connait un engouement pour cette musique Afro-américaine. Les séjours répétés de musiciens noirs en Europe sont sans doute à l’origine de l’imprégnation progressive du cinéma par de grandes figures jazzy.

Jean Cocteau fait office de précurseur. Dès 1950, il utilise le jazz dans la bande originale de son film « Orphée ». En 1956, il évoque son respect pour cette musique intense et pulsionnelle, en phase avec son époque.

Jean Cocteau à propos du jazz, 1956

Vers la fin des années 50, plusieurs réalisateurs français font à leur tour appel à de grands jazzmen expatriés : Thelonious Monk, Art Blakey & The Jazz Messengers ou encore Miles Davis. Les États-Unis, quant à eux, continuent d’ignorer leurs talents.

L’apport de la Nouvelle Vague

Avec la Nouvelle Vague, de jeunes cinéastes décident de puiser leur inspiration dans le jazz. La musique devient un décor sonore, intensifie la dramaturgie des personnages.

En 1957, Louis Malle fait appel à Miles Davis, en tournée à Paris, pour la bande sonore de son film « Ascenseur pour l’échafaud ».

Le musicien visionne les rushs et improvise un thème au fil des images qui défilent sur l’écran. L’enregistrement a lieu en une nuit. L’utilisation du jazz permet d’intensifier le parcours psychologique des personnages.

Miles Davis improvise le thème d'Ascenseur pour l'échafaud, 1957

Le choix du jeune réalisateur laisse la part belle au jeu de l’interprète et à l’ambiance. Il se distingue des autres productions de l’époque qui préfèrent un jazz plus classique et moins sombre.

C’est le cas du film de Roger Vadim « Sait-on jamais » qu’évoque le musicologue André Hodeir  en 1957. 

André Hodeir

En choisissant John Lewis, Vadim opte pour un compromis entre jazz et tradition classique. Les morceaux sont interprétés par le Modern Jazz Quartet. Le résultat est beaucoup plus intimiste que les accords sombres de Miles Davis.

Trois ans plus tard, Jean Luc Godard demande au pianiste Martial Solal de composer la musique du film « A bout de souffle ». Le jazz doit ici ponctuer le film. 

Martial Solal, 1960

Jazz et suspens

La musique de jazz se marie magnifiquement avec le suspens distillé par les films policiers qui se multiplient sur les écrans de l’époque. En 1959, Edouard Molinaro l’utilise simultanément dans ses deux films sortis cette année-là : « Un témoin dans la ville » et « Les femmes disparaissent ».

Le réalisateur fait, tout comme Louis Malle, appel à l’improvisation en cabine de post-synchronisation. Il explique l’avantage de cette technique.

Edouard Molinaro, 1959

Le jazz fait son cinéma

La passion du jazz persiste chez de nombreux cinéastes. Bertrand Tavernier lui dédie un film en 1986 : « Autour de minuit ». Il est récompensé par le César du meilleur son et l'Oscar de la meilleure musique en 1987. Le long métrage évoque de façon romancée la vie du saxophoniste Dexter Gordon et du pianiste Bud Powell.

Tavernier en 1986, Autour de minuit

 

En 1988, Clint Eastwood réalise « Bird » qui retrace la vie du jazzman Charlie Parker.

Présentation de Bird à la cinémathèque, 1988

Cinéma et jazz ont presque le même âge et leurs rencontres ininterrompues ne sont pas prêtes de s’éteindre.

Pour aller plus loin :

Programmation du Festival International de Jazz au cinéma

Tout le jazz sur ina.fr

Rédaction Ina le 09/04/2013 à 16:06. Dernière mise à jour le 11/04/2015 à 11:47.
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