Le dessin de presse

Redaction Ina le 09/12/2006 à 00:00. Dernière mise à jour le 10/04/2015 à 12:23.
Presse
Le dessin de presse

Après l'attentat meurtrier contre Charlie Hebdo, l'impact du dessin de presse devient désormais un enjeu de 1er plan. Actualité politique, débats sociétaux et religieux, la caricature est l'étendard de la liberté d'expression. Focus.

Inspiré de la caricature ?

Par définition, le dessin de presse porte sur l'actualité un regard décalé. Il vise généralement à provoquer, à faire réfléchir, à émouvoir ou encore à dénoncer : bref, il capte l'attention et ne laisse pas indifférent. Parfois publié sous forme de dessin d'illustration, il peut aussi représenter l'actualité sous forme de caricature. Du latin " caricare ", qui signifie " charger ", la caricature a pour but d'accentuer les caractéristiques, les traits principaux d'un visage. Le dessin de presse serait-il le pendant de la caricature ? Peut-être.

Les premières traces de la caricature remonteraient à l'Antiquité : déjà la poterie grecque déformait certains de ses personnages pour contrer les canons esthétiques de l'époque. Au Moyen-Age, les personnages grotesques, les animaux fantastiques et symboliques, les allégories se devinent dans les sculptures extérieures et intérieures des églises.

A la Renaissance, grâce au développement des différentes formes de gravure, la caricature et les dessins satiriques se multiplient. La caricature devient professionnelle sous le trait de Pier Leone Ghezzi (1674-1755), qui vendait librement ses dessins à Rome.

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Une paternité contestée puisque, selon d'autres sources, c'est un dessin paru dans le Pennsylvania Gazette qui aurait amorcé le genre de la caricature politique.

Chronique d'une époque

Avec la révolution technique du XIXe siècle, l'imprimerie se développe et les caricatures ont désormais leur place dans les gazettes : le dessin de presse devient un genre à part entière. L'agitation politique lui fournit une source d'inspiration considérable : Napoléon 1er, Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe, Napoléon III se succèdent à la tête de la France.

Pourtant, que l'on soit roi ou empereur, il s'agit de faire respecter son autorité. Les interdits envers les dessinateurs augmentent : certains d'entre eux ont payé cher leur insolence. Daumier, par exemple. Considéré comme l'un des plus grands caricaturistes de son époque, il est arrêté et condamné à six mois de prison pour avoir représenté Louis Philippe sous les traits de Gargantua.

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 Les dessins passent alors de l'attaque franche à l'insinuation. De même, ils se tournent davantage vers la caricature de mœurs et la création de personnages populaires. C'est la société en général qu'ils pointent du doigt et non plus les travers d'un seul homme. Ils créent des personnages représentatifs des diverses couches sociales de la société du XIXe siècle. Il faut attendre l'abolition des lois sur la presse, le 29 juillet 1881, pour que les dessinateurs puissent exercer librement leurs critiques.

Face à la censure

Le XXe siècle et ses guerres refait l'unité des caricaturistes. De 1919 à 1939, l'amertume de l'après-guerre, la mode, les crises politiques, les affaires internationales, le Front Populaire permettent aux caricaturistes de se rassembler autour de combats similaires.
 Après la seconde guerre mondiale, les journaux engagés ou radicaux disparaissent progressivement. En parallèle, c'est une presse très généraliste qui émerge. Les dessinateurs vont alors se poser eux-même des limites.

Alors officielle au XIXe siècle, la censure d'aujourd'hui apparaît sous la forme de condamnations par les tribunaux. La multiplication des procès incite les dessinateurs à la prudence. La récente polémique autour des caricatures de Mahomet a par ailleurs démontré que les dessinateurs de presse gardent une liberté toute relative.

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