Derrière les déguisements du Carnaval de Dunkerque se cache une polémique : Le blackface. Pratique jugée raciste, elle puise ses origines au milieu du 19ème siècle. Comment les origines ethniques se sont telles vues associées au monde du spectacle ?

Le blackface a 200 ans. Cependant, le cake-walk reste l’une des plus anciennes danses populaires caricaturant une origine. Née aux Etats-Unis, dans l’Etat de Virginie vers 1870, elle avait pour but de danser tout en se moquant des blancs. Lors de leur rare temps libre, les esclaves se retrouvaient afin d’imiter la gestuelle de leurs maîtres partis au bal.

Le narrateur décrit le jeune danseur : "Le petit noir américain qui danse le cake-walk a 8 ans. Il en aura 22 en 1914. Et 25 quand son pays entrera en guerre et qu’il sera au front."

L’origine de ce terme est toute simple. A l’époque, certains colons étaient plus diplomates que d’autres. Ils assistaient parfois aux représentations et récompensaient les meilleurs danseurs d’un gâteau d’où le mot cake-walk (cake voulant dire gâteau en anglais).

A la fin du 19ème siècle, les colons blancs vont s’approprier à leur tour cette danse en les incluant dans des "minstrels shows", des spectacles humoristiques où l’esclave n’est pas montré sous son meilleur jour. Des acteurs blancs se griment le visage et dansent. Le blackface gagne alors malheureusement en popularité.

Un des premiers artistes à se grimer en noir lors de spectacles sera Thomas Dartmouth « Daddy » Rice. Il va alors populariser une danse ainsi qu’une chanson au nom de "Jump Jim Crow". L’interprétation du comédien américain le propulsera même au rang de vedette !

Cette danse donnera naissance aux tristement célèbres "Lois Jim Crow", promulguées au 19ème siècle aux Etats-Unis. Le monde du spectacle se mêle à celui de la politique. Ces lois distinguaient les citoyens selon leur appartenance raciale. Elles prendront fin en 1964, jugées inconstitutionnelles par le Civil Rights Act, signé par le président américain Lyndon Johnson.

Le pianiste américain Ran Blake interprète au piano "Jim Crow" en 1963 au festival de jazz d’Antibes Juan-les-pins. La célèbre chanteuse de jazz Jeanne Lee se tient à ses côtés.

Michel Leeb, Valérie Lemercier, Antoine Griezmann, Laurel et Hardy… Bon nombre de personnalités se sont grimés la peau. Le plus célèbre reste Coluche avec son sketch dans l’émission du Schmilblick animé par Guy Lux. L’américain Al Jolson, l’un des artistes de music-hall les plus populaires du 20ème siècle, s’est noirci la peau pour son rôle dans le film "Le chanteur de Jazz". Ce fut d’ailleurs le premier film parlant, sorti en 1927.

En 1972, Sacha Distel chante "Missie Missie" sur le plateau de l’émission "Top à". Portant une perruque noire, le chanteur interprète un esclave noir tandis qu’Enrico Macias joue un planteur de café.

Les séparations ethniques dans le milieu du spectacle continueront même au milieu du 20ème siècle. Les dernières lois Jim Crow furent abolies en 1964 mais la ségrégation raciale persistait par moment.

Chaque année se tient le festival de l’écrevisse dans la ville de Pont-Breaux en Louisiane aux Etats-Unis. Au programme, on chante et on danse ! Mais malgré l’ambiance festive et le sentiment de convivialité, les blancs et les noirs sont séparés. Même en 1968…

Le narrateur explique : "C’est la parade des noirs. Tout à l’heure, il y a aura la parade des blancs. Théoriquement, à Breaux Bridge, il n’y a plus de ségrégation mais il y a tout de même deux parades". Il rajoute : "Il y a la reine noire de l’écrevisse."

Aujourd’hui, certaines lois favorisant la ségrégation raciale existent toujours aux Etats-Unis même si elles ont été rendues inapplicables depuis longtemps. En Alabama, une loi stipule encore que les enfants noirs et blancs doivent être séparés dans les établissements scolaires…

Si la "Nuit des noirs" du carnaval de Dunkerque est un exemple en France, la polémique existe également ailleurs. A Londres, le carnaval de Notting Hill, initié par des caribéens en 1966, est lui aussi considéré comme raciste. Preuve en est que le monde du spectacle risque d’en voir encore de toutes les couleurs.

Rédaction Ina le 02/03/2018 à 14:18.
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