Le contexte politique

La Seconde Guerre mondiale vient de s'achever : les pays se reconstruisent, les peuples pansent leurs plaies. C'est à cette période où chacun découvre que « l'homme est un loup pour l'homme » que des intellectuels noirs renouent avec l'esprit des mouvements abolitionnistes des 18e et 19e siècles. Les congrès panafricanistes se multiplient, de New York à Bruxelles, où chacun s'accorde sur la nécessité d'un engagement politique commun : celui de l'indépendance des peuples africains. Victimes de l'esclavagisme durant plusieurs siècles, leur image d'eux-mêmes est brouillée. La manière dont les perçoivent les autres sociétés aussi. Les écrivains et artistes vont leur rendre leur dignité.

L'émergence d'une littérature noire

Alioune Diop crée la revue « Présence Africaine » en 1947. Cette même année, l'anthologie de Léon Gontran Damas, « Poètes noirs d'expression française 1900-1945 », paraît aux éditions du Seuil. En 1948, Léopold Sédar Senghor publie l' « Anthologie de la nouvelle poésie noire et malgache de langue française ».
La littérature africaine francophone devient un vecteur de contestation de la domination coloniale et de l'affirmation de la différence africaine. Poésie, théâtre ou roman, il s'agit donc d'une littérature en prise avec le politique et le social. D'Aimé Césaire à Léopold Sédar Senghor, les écrivains ont le même souci d'exprimer la réalité des peuples noirs et de révéler les maux de l'Afrique contemporaine. On les appelle alors les poètes de la « négritude ». Tous vont se réunir autour d'Alioune Diop pour le premier Congrès mondial des Hommes de culture noirs.

Tous présents au congrès

Du 19 au 22 septembre 1956, l'amphithéâtre Descartes de l'université parisienne de la Sorbonne accueille 27 intervenants et une centaine de délégués, représentatifs de l'intelligentsia noire des Etats-Unis, de l'Afrique et des Caraïbes : Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Jacques Rabemananjara, Cheick Anta Diop, Richard Wright, Jean-Price Mars… Ce congrès se tient sans soutien officiel, mais il deviendra un événement marquant dans le développement de la littérature et des arts noirs comme moyens de dialogue entre les peuples.

Des discours emblématiques

Dans son discours d'ouverture, Alioune Diop déclare : « Ce jour sera marqué d'une pierre blanche. Si, depuis la fin de la guerre, la rencontre de Bandoeng constitue pour les consciences non européennes l'événement le plus important, je crois pouvoir affirmer que ce premier Congrès mondial des Hommes de culture noirs représentera pour nos peuples le second événement de cette décennie. »
Et Léopold Sédar Senghor clôture la rencontre en déclarant : « Nous voulons d'abord nous connaître nous-mêmes et nous réaliser nous-mêmes, pour réaliser en même temps l'humanité entière. »

Un congrès visionnaire aujourd'hui commémoré

Suivi d'un deuxième rendez-vous en 1959 à Rome, puis d'un Festival mondial des arts nègres en 1966, ce Congrès aura permis d'accorder une meilleure place à la création culturelle africaine. Aussi, 50 ans plus tard, l'Unesco, Nelson Mandela, le Prix Nobel Wole Soyinka et beaucoup d'autres se donnent rendez-vous au même endroit, mêmes dates. Du 19 au 22 septembre prochains, la Sorbonne reçoit la célébration du cinquantième anniversaire de ce Congrès qui a joué un rôle primordial dans l'appropriation de l'identité africaine.

Rédaction Ina le 16/09/2006 à 00:00. Dernière mise à jour le 10/04/2015 à 15:15.
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