La Guyane, terre lointaine mais pas oubliée?

Redaction Ina le 04/04/2017 à 16:00. Dernière mise à jour le 10/04/2017 à 09:47.
Economie et société

La tension est toujours vive en Guyane, où le blocage du département est toujours d’actualité, malgré quelques assouplissements. Les manifestants souhaitent toujours alerter sur le problème de sous-développement économique. Retour sur les précédentes crises qui ont secoué ce département français situé en Amérique du Sud.

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La crise de 2017 n'est pas la première à secouer la Guyane, département situé à 8000 kms de la France, en Amérique du Sud. Depuis des décennies, cette région équatoriale n'en finit pas de se déchirer: chômage, pauvreté, enseignement déficient, flux migratoire incontrôlable, autant de problématiques qui minent la vie économique de la Guyane sans qu'aucune solution pérenne n'ait été véritablement trouvée.

Une terre lointaine et méconnue

Au début des années 60, la France est consciente des difficultés récurrentes et multiples de la Guyane mais connait mal sa population et ses besoins.

Ce département d'Outre-Mer paraît très exotique. En 1959, Gilbert Leuk, commente les images de son voyage en Guyane, effectué en compagnie d'un bagnard évadé. Pendant quelques jours, ils ont partagé la vie quotidienne des Indiens Roucouyenne vivant au bord du Maroni. Ses commentaires sont parfois déplacés…

Le 21 mars 1968, le général de Gaulle reconnait que la situation du département guyanais est difficile mais réaffirme le soutien de la métropole. Il déclare que c'est une "Terre lointaine mais pas oubliée"

Années 90: explosion lycéenne et sociale

1994. En plein carnaval, les Guyanais se mobilisent pour contester les mesures gouvernementales. Interrogés, ils déclarent manifester contre le chomage, l'augmentation des impots locaux et expriment leur peur de l'avenir.

1996. Le département est isolé et dépendant de la métropole. Tour d'horizon de la situation économique où 20% des actifs sont au chômage, avec une forte augmentation de la population. En proie à un flux migratoire non maîtrisé, la société est déstabilisée : violence, insécurité, racisme et tension sociale sont le lot des habitants.

9 novembre 1996. Cayenne subit plusieurs soirées d'émeutes. Après deux nuits de violences, le gouvernement décide d'envoyer des renforts de police. La contestation vient des lycéens. En grève depuis octobre, ils réclament de meilleurs conditions d'enseignement, mais des casseurs ont rejoint leurs rangs (incendies, saccages…).

13 novembre 1996. Sept personnes sont jugées après ces troubles et de nouvelles émeutes éclatent. Les ouvriers sortent à leur tour dans la rue en soutien aux lycéens. Le Président de la République décide d'accéder aux revendications lycéennes. Jean-Jacques de Peretti, le Ministre de l'Outre-Mer affirme être en relation avec le préfet pour clarifier les priorités.

13 novembre 1996. Les officiels guyanais analysent l'origine des heurts. Se succèdent: Antoine Karam, président de région, Xavier Lopinto, président Syndicat des commerçants, Léon Bertrand, député 2ème circonscription, Christiane Taubira-Delannon, député Guyane 1ère circonscription, et Maurice Pindard, secrétaire général du MDES.

21 novembre 1996. Après quatre semaines de crise, des négociations s'engagent. François Bayrou, le Ministre de l'Education fait un tabac en Guyane en annonçant la création d'un rectorat et d'une académie. Le ministre est acclamé. "Bayrou, c'est un copain à nous".

Février 1997. Inspirés par les lycéens, l'ensemble des professionnels guyanais mettent fin à une grève qui a paralysé l'activité économique du département et lancent des négociations. Rassurés par des discussions entamées avec le ministre de l'Outre-Mer, les socio-professionnels lèvent les barrages, réouvrent les stations services et les commerces avant de se rendre à Paris. Les négociations avec les pouvoirs publics aboutissent à deux accords: ils obtiennent un aménagement des échéances fiscales et la promesse qu'un système d’exonération pour certains secteurs d'activités sera mis en place.

Juillet 1997. Rencontre entre la députée guyanaise Christiane Taubira-Delannon et des membres de la communauté guyanaise métropolitaine, débat sur le thème de l'activité économique de la Guyane.

Novembre 1997. Jacques Chirac se rend en Guyane. Un an après les émeutes des lycéens de Cayenne qui protestaient contre les conditions d'enseignement, la situation des jeunes de l'île est toujours aussi difficile. Leur avenir économique est inexistant. Un jeune raconte sa situation (pas de formation, des emplois pris par des Haïtiens ou Brésiliens moins bien payés)… Un autre se désole que les enseignants métropolitains se désinvestissent de l'éducation. Une employée Guyanaise du rectorat constate : "Trop de gens ont l'impression qu'il n'y a aucun espoir. Le chantier à mener est la paix sociale, le développement et le bonheur de tout un peuple".

Novembre 1997. En marge de la visite du chef de l'Etat en Guyane, reportage dans le sud du département, où l'arrivée des mandats du RMI (revenu minimum d'insertion) est très attendue par la population, même dans la forêt équatoriale (23% des Guyanais vivent avec ce seul RMI).

Années 2000: économie d'assistance et flux migratoire incontrôlable

Décembre 2000. La Guyane vit grâce au RMI, une économie d'assistance qui provoque une vague migratoire ininterrompue, impossible à juguler. La longue frontière brésilienne est une véritable passoire.

Juin 2003. Reportage en Guyane où des manifestations d'enseignants se déroulent dans tout le département. Les établissements sont occupés et la gendarmerie intervient.

29 mars 2006. Reportage consacré à la manifestation réunissant lycéens, syndicats d'enseignants, parents d'élèves, contre le CPE, le contrat première embauche, à Cayenne, où le taux de chômage est de 30 %.

Octobre 2008. Faute d'enseignants, à Apatou, les parents bloquent les écoles pour protester contre le manque d'affectations.

2008-2016: révolte contre la vie chère et l'insécurité

Novembre 2008. La grève des transporteurs routiers paralyse le pays. Ils bloquent les routes principales pour demander une baisse du prix du carburant.

Décembre 2008. Au terme de onze jours de blocage, les Guyanais obtiennent satisfaction en ce qui concerne la baisse du carburant, soit cinquante centimes de moins par litre.

Février 2009. Un an plus tard, même motif, même procédé… Des centaines de personnes défilent dans les rues de Cayenne à l'appel du Collectif contre la vie chère. Le point central est à nouveau la baisse des prix du carburant.

Février 2012. A Cayenne, de nombreux habitants manifestent  contre l'insécurité provoquée par une immigration croissante. Ils réclament plus de moyens pour lutter contre cet afflux incessant. Interviews de Guyanais en colère, de Christiane Taubira, députée de Guyane et d'Alain Tien Liong, président du Conseil général de Guyane.