L'affaire Patrick Henry

Redaction Ina le 27/01/2007 à 00:00. Dernière mise à jour le 04/12/2017 à 12:06.
Justice et faits divers
L'affaire Patrick Henry

Le 20 janvier 1977, Patrick Henry était condamné à la perpétuité pour l’assassinat du petit Philippe Bertrand, âgé de 7 ans. A l’époque, un certain Robert Badinter s’était chargé de sa défense et avait convaincu les jurés de ne pas condamner Patrick Henry à la peine capitale. Retour en vidéos sur un traumatisme national...

L'enlèvement

Il est 12h30 quand, le 30 janvier 1976, Patrick Henry enlève, à Troyes, le petit Philippe Bertrand, à la sortie de son école. Une heure plus tard, le kidnappeur appelle les parents de l'enfant pour leur demander une rançon d'un million de francs. Le 21 février 1976, Patrick Henry, alors âgé de vingt-deux ans, avoue l'enlèvement et le meurtre du garçon de sept ans. Suspecté juste après la disparition du petit Philippe Bertrand, sa culpabilité se confirme après la découverte dans son appartement à Troyes d'un paquet sur lequel est inscrit : « Ne cherchez pas, c'est le gamin ». Effectivement, il s'agit du corps de l'enfant.

Le procès

Premier kidnappeur et meurtrier d'enfant à être autant médiatisé, Patrick Henry suscite la haine des Français. Certains politiques exigent « un châtiment exemplaire », d'autres la peine de mort, la presse réclame « une justice rapide ». Roger Gicquel, présentateur vedette du 20h, débute le journal télévisé du 18 février 1976 avec ces mots : « La France a peur », mais il poursuit en demandant aux téléspectateurs de garder leur calme et de ne pas céder à la loi du talion. Tous ces sentiments sont amplifiés par les provocations de l'accusé. Au cours de l'enquête, il n'hésite pas à clamer son innocence devant les caméras de télévision. Lui qui a participé aux battues pour retrouver l'enfant, crie son souhait de voir mourir le coupable !
Devant la pression populaire, l'avocat désigné par Patrick Henry se récuse. Maître Robert Bocquillon, alors bâtonnier de Chaumont, se porte volontaire et demande l'aide de Robert Badinter, partisan de l'abolition de la peine de mort en France.
A l'ouverture de son procès, le 18 janvier 1977, la condamnation à mort de Patrick Henry ne fait aucun doute… Pourtant, l'accusé échappe à la guillotine. La cour d'Assises de l'Aube opte pour une réclusion criminelle à perpétuité, émue aux larmes par le plaidoyer contre la peine capitale de Robert Badinter. Soulagé, Patrick Henry s'adresse alors aux jurés en leur promettant qu'ils n'auront « pas à le regretter ».

La réinsertion

Pendant sa détention, le criminel poursuit des études. Il passe ainsi son BEPC, le baccalauréat, une licence de mathématiques et un DUT en informatique. Ses réussites en font un modèle de réinsertion et, à ce titre, il demande à plusieurs reprises sa mise en liberté conditionnelle. Mais toutes ses requêtes sont refusées par le ministère de la Justice.
Suite à la nouvelle loi sur la présomption d'innocence et après vingt-cinq ans d'emprisonnement, le 15 mai 2001, la ministre de la Justice Marylise Le Branchu accepte enfin de remettre le détenu en liberté conditionnelle. A quarante-sept ans, il est alors embauché par Charles Corlet, imprimeur dans le Calvados.
Mais, très vite, il accumule les petits délits : excès de vitesse, vol à l'étalage et arrestation en possession de dix kilos de haschich en Espagne. Le 22 juillet 2003, Patrick Henry est alors condamné à nouveau à quatre ans de prison ferme et à vingt mille euros d'amende pour détention de drogue. Après une suspension de peine accordée le 15 septembre 2017 pour des raisons de santé, il meurt le 3 décembre 2017 à Lille, à l'âge de 64 ans.