Une première mort mystérieuse

Le 25 octobre 1947, Léon Besnard, commerçant à Loudun, meurt après une agonie de plusieurs jours. Le diagnostic suppose une crise de foie, mais la rumeur, elle, accuse l'épouse…
Une amie et locataire des époux Besnard, madame Pintou, confie à un proche cette histoire : le mari, avant de mourir, aurait confié que sa femme « lui aurait servi de la soupe dans une assiette où se trouvait déjà un liquide. » Marie Besnard est soupçonnée d'avoir tué son mari. Le corps du défunt est exhumé : on retrouve 19,45 mg d'arsenic, sans que la terre du caveau et le bois du cercueil n'en portent la moindre trace. Marie Besnard est inculpée.

Douze cadavres

En 1949, l'enquête, soutenue par le témoignage de nombreux habitants de Loudun, met en avant plusieurs décès dans l'entourage de l'accusée. Des autopsies sont alors réalisées sur douze autres corps : elles révèlent des traces d'arsenic dans chacune des dépouilles. Parmi les victimes : le premier mari de Marie Besnard, sa grand-tante par alliance, sa mère, son beau-père, sa belle-mère.
Deux mobiles attirent l'attention du magistrat instructeur : l'argent, Marie Besnard ayant hérité directement ou indirectement des biens de ces personnes. Et la passion : Marie Besnard est supposée avoir noué une relation très intime avec un ancien prisonnier allemand, Alfred Dietz, que le couple avait recueilli chez lui et conservé comme homme à tout faire.

Des procès à rebondissements

A l'ouverture de son premier procès, le 20 février 1952, Marie Besnard est d'ores et déjà condamnée par l'opinion publique. Pourtant elle se déclare innocente devant le juge. La psychiatrie se penche sur son cas et en conclut que Marie Besnard est « anormalement normale ». Les experts scientifiques se suivent à la barre des témoins, mais leurs conclusions sont plus ou moins nuancées. Dans l'impossibilité de trancher, le juge reporte le procès.
Deux ans plus tard se déroule le deuxième procès. Dans la confusion la plus totale. Impossible de déterminer d'où provient l'arsenic contenu dans tous ces corps. D'un empoisonnement ? D'engrais chimiques qui polluent la terre du cimetière ? La Cour de Poitiers renvoie l'affaire devant la Cour d'Assises de la Gironde et Marie Besnard au fort du Ha.

Une histoire sans vérité ?

Fin 1961, troisième et dernier procès. Marie Besnard est acquittée. L'arsenic proviendrait du sulfatage des fleurs et des ornements funéraires du cimetière. Les preuves ne sont donc pas fondées. Devant les jurés, celle qu'on surnomme « la bonne dame de Loudun » pardonne même à son ancienne amie, madame Pintou.
Le verdict du troisième procès met fin à douze ans de rebondissements judiciaires. Marie Besnard rentre chez elle, où elle s'éteindra le 14 février 1980.

Rédaction Ina le 18/02/2007 à 00:00. Dernière mise à jour le 10/04/2015 à 18:39.
Justice et faits divers