Passionné d'écriture et de cabaret, cet amuseur-provocateur aura finalement été une figure incontournable du 7ème Art français : Jean Yanne est décédé le 23 mai 2003. Portrait et morceaux choisis de ses meilleures répliques.

Du journalisme au cabaret

Sa vraie passion, c'était l'écriture. Mais Jean Yanne a surtout été reconnu pour ses talents d'acteur. Habitués aux seconds rôles, il jouait des personnages bourrus, roublards, de méchants ou de mécontents. Pourtant, lorsque le jeune Jean Yanne quitte ses études de journalisme, c'est pour écrire des sketches de cabaret. Et donc jouer les bons amuseurs. Pour mieux faire, il choisit de les interpréter lui-même. Il adopte un ton gouailleur et provocateur, qu'il met au service de la radio et de la télévision dans les années 60. Comme ici dans cette parodie de la vie d'un Français moyen qui "s'emmerde"...

Ou dans de savoureux Permis de conduire avec Laurence Riesner en 1967

En 1969, il présente Les Français écrivent aux Shadoks. il aborde ici avec irrévérence cette question épineuse supposément posée par des policiers :  "Les Shadoks sont-ils un danger pour la discipline ? " 

Une voix impertinente

Aux côtés d'acolytes de la satire tels que Jacques Martin, Roger Pierre ou Jean-Marc Thibault, il développe un humour caustique et grinçant. A l'antenne il ose tout et, grâce à l'émission télévisée 1 égal 3, la France entière met un visage sur cette voix impertinente.

En même temps, Jean Yanne ne cesse d'écrire des chansons pour lui et pour les autres, comme Philippe Clay ou Line Renaud. Il travaille en compagnie de Gérard Sire, qui sera aussi son plus proche collaborateur quand il décidera de devenir cinéaste. En compagnie de Claude Nougaro, il donne ici la recette d'un tube et improvise Si tu t'en irais.

Le comédien talentueux

Jean Yanne franchit en effet le pas du 7e art en 1964, lorsque le réalisateur Alain Jessua lui propose un rôle dans La Vie à l'envers. En 1967, il tourne Week end de Jean-Luc Godard, puis se révèle véritablement en 1969 dans Que la bête meure de Claude Chabrol.
Avec Maurice Pialat, en 1971, il participe à Nous ne vieillirons pas ensemble. Dans ce film, son rôle de personnage insensible lui vaut le prix d'interprétation au Festival de Cannes.

Au total, Jean Yanne a joué dans une soixantaine de réalisations. Le plus souvent, il reste cantonné aux personnages de Français moyen et râleur ou aux rôles sombres. C'est pourquoi, pour changer de registre, il décide de réaliser ses propres films et pendant quatre ans, il n'apparaîtra dans aucune autre production que les siennes.

Le réalisateur torturé ?

D'abord, il brocarde la radio qu'il connaît bien avec le film Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Puis il s'attaque à la politique avec Moi y'en a vouloir des sous et Les Chinois à Paris et au monde du spectacle avec Chobizenesse. En 1982, sa parodie de péplum Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ remporte un énorme succès public.

Ce qui ne sera pas le cas de son dernier film Liberté, égalité, choucroute.

A cause de cet échec, Jean Yanne connaît de graves difficultés financières. Poursuivi par le fisc, il choisit de s'installer aux Etats-Unis.

Entre deux visages, entre deux pays

Il envisage d'y développer sa propre maison de production : "Si j'avais été dans le nougat, je serais allé à Montélimar. Etant dans le cinéma, je suis allé à Hollywood", explique-t-il. Il poursuit toutefois les tournages en France, mais pas plus de six mois par an, au risque de perdre son statut de résident américain. Il multiplie les allers-retours comme il multiplie les seconds rôles (notamment dans Enfants de salauds de Tonie Marshall en 1996, Le Pacte des loups de Christophe Gans en 2001 ou Gomez et Tavares en 2003). Il en sera ainsi jusqu'à la fin de sa vie : Jean Gouyé, de son vrai nom, décède le 23 mai 2003 d'une crise cardiaque.

Pour aller plus loin

Radioscopie de Jean Yanne (audio, 1978)

Jean Yanne reviens, On est devenus (trop) cons. Provocateur au talent fou, artiste généreux, complexe et pudique, râleur ou sale gosse, Jean Yanne amuse les uns quand il agace les autres. En tout cas, il nous manque ! Voici une sélection de 13 sketchs et interviews pour (re)découvrir « l’esprit Jean Yanne », à l'occasion de la diffusion du documentaire produit par l'Ina, Jean Yanne reviens, on est devenus (trop) cons ! (un film de Fabrice Gardel, Edward Beucler et Christine Bernadet). Diffusion : Mardi 17 mai 2016 à 22h35 sur Paris Première. (Rediffusion : Samedi 21 mai 2016 à 00h45). (mini site, multimédia)

L'Apocalypse est pour demain (audio, 1977) En 1977, Jean Yanne propose à France Inter d’adapter pour la radio son texte L’Apocalypse est pour demain
65 épisodes sont réalisés par Claude Mourthé et interprétés par le comédien lui-même. Chaque midi, entre le 3 octobre et le 31 décembre 1977, les auditeurs se régalent ou s’offusquent du ton caustique de Jean Yanne. L’auteur va très loin dans sa critique de la mécanisation de notre société. Il heurte volontairement nos consciences bien pensantes. Très vite, la polémique enfle, obligeant la chaîne à interrompre la diffusion de ce pamphlet anti-automobile apocalyptique.

Rédaction Ina le 18/05/2008 à 00:00. Dernière mise à jour le 23/05/2018 à 09:43.
Cinéma Humour