Le petit homme de la jeunesse. A cassé son lacet de soulier

Jacques Prévert est né le 4 février 1900 à Neuilly-sur-seine. Enfant heureux et gai, il se passionne très tôt pour le monde du théâtre, que fréquentait régulièrement son père, critique littéraire et dramatique à ses heures. Pour le jeune Jacques, l'école est insupportable et terriblement ennuyeuse. Il développe alors un penchant certain pour le rêve et l'univers poétique. Baroudeur et anticonformiste dans l'âme, il préfère s'instruire dans la rue et quitte l'école dès l'âge de 14 ans. A 20 ans, Jacques est contraint de s'engager dans la marine. Le service militaire est pour lui une aventure désagréable, dont il tirera pourtant les nouvelles amitiés du futur peintre surréaliste Yves Tanguy et de Marcel Duhamel. Le service militaire s'achève enfin en 1922. Le goût de Jacques Prévert pour la littérature ne fait que se renforcer.

Et je suis là debout planté. Avec le triste fouet de la réalité

En 1924, Jacques Prévert s'emballe au nom de la révolution surréaliste. Il côtoie quotidiennement les écrivains d'un genre nouveau que sont Robert Desnos, Louis Aragon, André Breton, Michel Leiris, Raymond Queneau et Philippe Soupault. Leur irrévérence totale, leur non-conformisme absolu et leur bonne humeur séduisent le jeune poète, sans pourtant le faire participer activement au mouvement. Il échange plutôt volontiers ses impressions de lecture, parle des films qu'il a vus, des peintres qu'il découvre. L'aventure surréaliste de Prévert s'achèvera en 1928, mais le poète conservera toujours un vif intérêt pour ces artistes défenseurs du rêve. Comme eux, il s'attachera à introduire une petite part onirique dans son œuvre. Entre 1932 et 1936, Jacques Prévert rédige des textes pour une troupe théâtrale engagée, groupe Octobre. Il se moque des bourgeois, des curés, des militaires, frôlant souvent le scandale. « J'écris pour faire plaisir à beaucoup et pour en emmerder quelques uns » se plaisait à dire le poète. Antimilitariste.

Aujourd'hui c'est dimanche les cinémas sont pleins

Si Jacques Prévert publie fréquemment des textes et des poèmes dans des revues au cours des années trente, il se fait surtout connaître à cette époque par ses scénarios et dialogues de films. Le plus jeune frère de Prévert, Pierre, est metteur en scène. Il guide Jacques vers l'écriture cinématographique. Ensemble, ils rédigent les scénarios de quelques uns des sommets du cinéma français : Le Crime de Mr Lange (1935) pour Jean Renoir, Quai des brumes (1935), Drôle de drame (1937), Le jour se lève (1939), Les visiteurs du soir (1941), Les enfants du paradis (1944) et Les Portes de la nuit (1946) pour Marcel Carmé. Jacques Prévert travaille ensuite pour un grand nombre d'autres metteurs en scène, connus ou inconnus. Les films auxquels il participe possèdent tous ce ton « prévertien » reconnaissable : ironie, jeu sur les mots, déformation des lieux communs, remise en question des généralisations abusives, paroles d'amour et d'humour... Parallèlement, une nouvelle collaboration amicale, au nom de la création poétique, prend forme : dialoguiste désormais reconnu, Jacques Prévert devient un excellent parolier. Grâce à Joseph Kosma qui met en musique ses poèmes les plus connus, Jacques Prévert fait chanter Agnès Capri, Marianne Oswald, Juliette Gréco, les Frères Jacques ou bien encore Yves Montand. Comme l'affirme Juliette Gréco, le poète met des mots dans la bouche des plus grands : « Il est notre défense, notre vocabulaire. Ce que j'avais envie de dire, il le disait ». Jacques Prévert écrit comme il parle et c'est pourquoi ses histoires sont si belles et vraies. Alors forcément, lorsque le recueil Paroles paraît pour la première fois en 1945, c'est immédiatement un grand succès. S'en suivent alors de nouveaux recueils : Histoires (1946 – 1963), Spectacle (1951), la Pluie et le beau temps (1953). Chacun des idéaux de Jacques Prévert et chacune de ses convictions se retrouvent à travers ses poèmes, évoquant tour à tour l'amour, la liberté, le rêve et l'imagination, tout en témoignant de sa compassion pour les humbles et les malheureux. Fidèle à la vie ordinaire, le poète a su séduire par sa simplicité et son authenticité.

Et il est parti. Sous la pluie

Comme à ses débuts, Jacques Prévert n'a de cesse de fréquenter les plus grands artistes de l'époque. De nombreux peintres (Braque, Picasso, Calder, Miro, Max Ernst) et des photographes (Ylla, Izis, André Villers, Robert Doisneau) font partie de ses amis les plus proches. Ils illustrent ses livres lorsque ce n'est pas lui qui figure sur leurs portraits ou qui présente leurs œuvres. Tous l'encouragent à cultiver son goût des collages qui se manifeste enfin dans Fatras (1966) et Imaginaires (1970). Les œuvres graphiques de Prévert partent d'images toutes faites (photographies, reproductions) qu'il recompose à sa manière. C'est probablement de 1943 que date son premier collage, un «portrait de Janine», sa femme. Il s'adonnera à cette activité jusqu'à la fin de sa vie. Les collages de Prévert témoignent de son rejet des institutions, de sa sympathie pour les femmes et pour les enfants, de sa compassion et sa tendresse pour les animaux, et d'une vision onirique ou fantastique de la réalité. Les images des dernières années, elles, tournent au cauchemar, figurant toute une série de personnages monstrueux ou torturés. Les collages de Prévert confirment l'inventivité de son imagination. Picasso lui aurait dit en les découvrant: «Tu ne sais pas peindre, mais pourtant tu es peintre.» Jacques Prévert s'éteindra le 11 avril 1977 à Omonville-la-Petite (Manche).

Rédaction Ina le 17/10/2008 à 00:00. Dernière mise à jour le 07/04/2017 à 14:01.
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