Le 21 février 1916, à 07h15 du matin, un déluge de feu et de fer s'abattait sur les positions françaises à Verdun. La bataille durerait jusqu'au mois de décembre, dans l'enfer de la boue et des tranchées. En 1995, dans l'émission "l'histoire en direct", d'anciens soldats témoignaient de "leur" bataille...

A la sortie du tunnel de Tavannes, le bombardement allemand…

Edouard Masson raconte son arrivée comme soldat sur le front de Verdun, à travers le tunnel de Tavannes, qui mène directement de l’arrière au front. A la sortie du tunnel, "On entrait dans le combat directement." Les Allemands avaient connaissance de ce tunnel, et le bombardaient ainsi en conséquence, régulièrement. Un calvaire pour les soldats français…

L'enfer sur terre, ce fut Verdun

21 février 1916, 07h15 du matin : c'est l'enfer dans les positions françaises au nord-est de la ville de Verdun. C’est le début de l’opération "Gericht", l’une des seules offensives majeures menées par l’Allemagne sur le front Ouest pendant la Première Guerre mondiale. Durant cette terrible journée, les Allemands tirent des centaines de milliers d’obus qui pleuvent sur un front d’à peine 5 kilomètres. En supériorité numérique, les soldats Allemands attaquent à 16 heures, alors que le bombardement laisse la place à un paysage lunaire, déchiqueté. La défense française, déjà affaiblie par la stratégie du maréchal Joffre qui a ponctionné le secteur de Verdun les mois précédents pour préparer sa grande offensive de la Somme, est ahurie. Mais très vite, à la surprise des Allemands, la résistance, désespérée, s’organise.

Les soldats français sortent de leurs trous et parviennent à certains endroits à freiner l’avancée des Allemands. Au bois des Caures, le lieutenant-colonel Driant, à la tête de deux bataillons de chasseurs, ralentit les ennemis. Mais il meurt le lendemain, et ses troupes sont anéanties. En quelques jours, près de 20 000 soldats périssent. Le général Pétain est nommé le 26 février, à la tête de la 2e armée, à la défense de Verdun. L’avancée allemande est réelle, mais moindre que prévu. Les Français tiennent malgré d’immenses pertes. Dès lors, et ce jusqu’au mois de décembre, la bataille va faire rage entre les deux camps.

Des combats si durs qu’on souhaite en finir…

La bataille de Verdun dure 9 mois. 163 000 Français et 143 000 Allemands y trouvent la mort. De plus, on compte parmi les blessés 216 000 Français et 196 000 Allemands.

Malgré la défense efficace et acharnée mise en place par le général Pétain pour défendre Verdun (le 1er mai il est remplacé par le général Nivelle), les Allemands continuent leurs vagues d’assaut jusqu’au début de l’été, s’entêtant à vouloir prendre la ville, objectif qu’ils n’atteindront jamais.

Le 7 juin, ils s’emparent du fort de Vaux, après une résistance héroïque des défenseurs français. Les combats sont si durs dans cet enfer de boue, de sang et d’acier, que l’on comprend la réaction de ce soldat français, Pierre Rouquet, presque "soulagé d’en finir", lorsqu’il se retrouve enterré après un bombardement.

La première utilisation d’une arme terrible, le lance flamme…

Pendant cette bataille, les Allemands utilisent pour la première fois en masse le lance-flamme (très vite suivis par les Français), qui est l’arme la plus redoutée des combattants. Elle ne laisse aucune chance à celui qui se trouve dans l’axe de cette invention infernale. Les combats ont souvent lieu au corps à corps, mais le fusil reste peu utilisé : "On se battait surtout avec les grenades, on montait au front munis d’une musette de grenades."

L’enfer du front…

Pour supporter l’horreur des combats et l’ampleur des pertes, le général Pétain et le commandement français mettent en place la rotation des troupes. L’immense majorité de l’armée française va combattre à Verdun, et les soldats ne restent ainsi que sur des périodes courtes sur le front, contrairement aux troupes allemandes qui ne bénéficient pas de la rotation.

Mais les troupes françaises sont particulièrement mal ravitaillées. Les quelques jours passés sur le front sans manger, dans la puanteur des tranchés, sont donc un véritable calvaire.

On ne revient souvent pas de la corvée de la soupe…

Il est en effet extrêmement difficile de ravitailler les premières lignes. Les soldats doivent donc partir à l’arrière et marcher parfois plusieurs kilomètres sur le champ de bataille pour s’approvisionner en soupe. Mais c’est une mission délicate, dont beaucoup ne reviennent pas. Des milliers de soldats sont ainsi morts, déchiquetés sur le champ de bataille par les obus, portés disparus, à tel point que l’on retrouve encore aujourd’hui des restes humains sur ce qui fut le champ de bataille.

"Verdun ne fut pas une victoire française, mais une bataille…"

Le commandement allemand, sous les ordres du maréchal Von Falkenhayn, lance ses dernières offensives au mois de juillet. Des centaines de kilomètres plus à l’ouest, les Français et les Anglais ont lancé la vaste offensive de la Somme. Devant l’échec de sa stratégie à Verdun, Von Falkenhayn démissionne. Les Français prennent l’initiative et parviennent à la fin octobre et début novembre à reprendre les forts de Vaux et de Douaumont. Le 21 décembre, ils ont reconquis les positions perdues au début de la bataille. Les positions redeviennent celles qu’elles étaient 9 mois auparavant. Cette bataille pour quelques kilomètres aura été l’une des plus coûteuses en hommes et des plus sauvages de la Première Guerre mondiale. Comme l’indique avec émotion le soldat Pierre Rouquet, il s’agit bien "d’une bataille, et non d’une victoire française"…

Rédaction Ina le 20/02/2018 à 11:39. Dernière mise à jour le 30/10/2018 à 09:45.
Histoire et conflits