Goscinny l'irréductible

Redaction Ina le 03/11/2007 à 00:00. Dernière mise à jour le 03/11/2017 à 10:22.
Littérature Cinéma
Goscinny l'irréductible

 René Goscinny nous quittait il y a quarante ans, à l'âge de 51 ans. Entre bandes dessinées et 7e art, retour sur le créateur de génie d'Astérix, Iznogoud, le Petit Nicolas, mais aussi le scénariste talentueux de Lucky Luke et bien d'autres oeuvres, notamment cinématographiques...

Des dessins à travers le monde

La bande-dessinée, René Goscinny est tombé dedans étant petit. Dessinateur prometteur, il cherche à compenser une certaine timidité naturelle par l'humour. Ainsi, il amuse ses camarades de Buenos Aires en Argentine, la ville où il grandit.

René Goscinny évoque son enfance à Buenos Aires.

Né le 14 août 1926, le jeune Goscinny a 17 ans lorsque son père meurt. Il se voit alors obligé de travailler et obtient son premier emploi : il est comptable adjoint. Mais peu de temps après il démissionne… pour devenir dessinateur dans une agence de publicité. Le dessin sera sa potion magique !
C'est alors avec toute l'ambition du monde qu'il rejoint les Etats-Unis. Son rêve (américain) : faire partie des collaborateurs de Walt Disney. Ses illusions perdues, il flirte plutôt avec le chômage. Mais au final, loin d'être un cow boy solitaire, Gosciny multiplie les rencontres fructueuses pour ses créations. Tout d'abord, la future équipe du magazine Mad : Harvey Kurtzman, Jack Davis et Will Elder. Puis, de voyages en voyages, il rencontre Morris à New York (grâce auquel il reprendra les aventures de Lucky Luke en 1955), Charlier à Bruxelles et Uderzo à Paris.

Papa d'un Petit Nicolas…

En effet, de retour en France au début des années 50, René Goscinny se voit confier le bureau parisien de la World Press, une petite agence belge qui fournit des bandes-dessinées au magazine Spirou. Mais en 1956, c'est le clash. Dénonçant le statut précaire des auteurs, il rédige avec Charlier et Uderzo, la Charte des Dessinateurs. Le texte leur vaudra leur mise à pied immédiate de l'agence, mais aussi la désapprobation de tous les éditeurs.
Pour poursuivre dans sa passion, René Goscinny envisage alors deux solutions.
La première, il imagine avec Sempé l'univers d'un petit garçon : sa vie quotidienne, ses copains, l'école, les vacances, etc. Le Petit Nicolas est né ! Et il fait ses preuves dans des nouvelles illustrées.

René Goscinny et Jean-Jacques Sempé à propos du Petit Nicolas.

A partir de 1955, Goscinny rejoint le dessinateur Morris, créateur en 1946 de la bande dessinée Lucky Luke, et collabore activement à l'écriture des scénarios.

Morris et René Goscinny évoquent Lucky Luke.

La seconde option est de monter son propre magazine. Sous la houlette de Radio Luxembourg (future RTL) et d'Edifrance (société de presse créée par Goscinny), le premier numéro de Pilote paraît le 29 octobre 1959.

En 1975, René Goscinny montrait avec amusement les gadgets de son bureau de rédacteur en chef du magazine Pilote.

L'aventure Pilote, la naissance d'Astérix

Goscinny partage alors la rédaction en chef avec Charlier. Avec Uderzo, il signe le premier épisode des aventures d'un blondinet à moustaches : Astérix le Gaulois. Fruit d'une réflexion hasardeuse, ce personnage intemporel deviendra un véritable phénomène de société et donnera lieu à 30 albums vendus à près de 300 millions d'exemplaires !

René Goscinny et son compère Albert Uderzo racontent la genèse d'Astérix et Obélix.

Les deux auteurs à propos de leur collaboration sur Astérix et Obélix.

René Goscinny et Albert Uderzo à propos de la création des personnages d'Astérix et Obélix.

Goscinny s'affirme comme LE nom de la bande-dessinée populaire et Pilote comme le magazine qui fait exploser les jeunes talents du dessin. Le père d'Astérix a réussi le pari de ne plus cantonner le 9e art à un univers enfantin, mais de le faire apprécier de tous : petits et grands. Un exploit qu'il renouvelle avec un autre personnage : Iznogoud. Ou l'histoire de celui qui rêve encore et toujours d'être calife à la place du calife…

René Goscinny et Jean Tabary à propos d'Iznogoud.

Dans les années 60, l'équipe de Pilote s'agrandit alors sans cesse : Gotlib, Reiser, Cabu, Fred, Tardi, Jean Giraud, Jean-Claude Mézières, Enki Bilal,… Mais tant de foisonnement finit par générer des tensions. Goscinny quitte « son » journal en 1974 et se consacre à d'autres projets personnels.

Des envies de cinéma

Fidèle à ses rêves de jeunesse, il se tourne vers le cinéma. Il scénarise Le Viager, réalisé par son ami Pierre Tchernia, puis fonde avec Uderzo et Georges Dargaud les studios d'animation Idéfix. Ils produiront notamment Les douze travaux d'Astérix. Le film sort sur les écrans en 1976.

En 1976, visite des studios Idéfix et interviews de plusieurs collaborateurs.

Malheureusement, Goscinny ne pourra pas mener à bien d'autres œuvres similaires. Il décède prématurément un an plus tard, le 5 novembre 1977, à l'âge de 51 ans. Il laisse derrière lui une fille, Anne, et des personnages de papiers qui n'ont pour autre ambition que de faire rire petits et grands à travers la planète. « Quand vous êtes très jeune, l'humour est une défense. Par la suite, il peut devenir une arme » affirmait l'irréductible trublion.