Georges Braque

Redaction Ina le 26/08/2013 à 17:43. Dernière mise à jour le 11/04/2015 à 10:52.
Art et Culture

Premier peintre vivant à être exposé au musée du Louvre, Georges Braque est, avec Pablo Picasso, l’un des fondateurs du mouvement cubiste. A partir du 18 septembre 2013, le Grand Palais lui consacre une rétrospective. Retour sur cet artiste de génie.

De l’artisanat à la peinture

Georges Braque est né à Argenteuil le 13 mai 1882 dans une famille d’artisans du Havre. Il débute une carrière de peintre en bâtiment dans l’entreprise de son père, avant de se former à la peinture décorative à Paris.

En 1900, le jeune homme s’inscrit à des cours de dessins aux Batignolles, études interrompues par le service militaire. A son retour en 1902, il s’installe à Montmartre et entre à l’Académie Humbert. Il y restera deux ans et y fréquentera Marie Laurencin et Francis Picabia.

Marie Laurencin se souvient de leur rencontre (audio), 1954

L’attrait du fauvisme

Le jeune peintre débute sa carrière fortement influencé par l’impressionnisme. Sa trajectoire change radicalement lors du salon d’automne de 1905 au cours duquel il découvre les peintres fauves : Henri Matisse et André Derain.

L’année suivante, Braque se rend à Anvers et collabore avec Othon Friesz. Il réalise ses premières peintures fauves. Il expose aussi pour la première fois au 22ème salon des Indépendants.

Il descend ensuite dans le Sud où il poursuit ses œuvres fauvistes : à la Ciotat avec Friesz et à l’Estaque.

Thalassa, 1999, Braque à l’Estaque

1907, marque un tournant dans la peinture de l’artiste. Au salon de 1907, son travail est remarqué par deux critiques d’art dont l’allemand Kahnweiler auquel il vend quelques toiles.

Très impressionné par l'exposition de tableaux de Paul Cézanne au Salon d’Automne, George Braque commence à élaborer un nouveau système de représentation se basant sur la simplification et la géométrisation des formes et la mise à plat de la perspective. Cette même année, il rencontre Pablo Picasso qui va bouleverser sa manière de peindre. 

La rencontre Picasso-Braque décrite par Kahnweiler, 1960

Naissance du Cubisme

Braque rencontre Picasso au moment où se dernier peint Les Demoiselles d'Avignon.

L’influence des Demoiselles d’Avignon sur Braque, Campus, 1999

Bien que dérangé par cette approche picturale déstructurée, Braque se lance à son tour dans une composition toute en volumes et larges hachures cernées de noir : Le Grand Nu, achevé en 1908.

En 1957, Fernande Olivier,compagne de Picasso entre 1902 et 1912, raconte les premières réticences de Braque face aux tableaux « cubistes » de Picasso.

Fernande Olivier, 1957 (audio)

Ce style résolument novateur dérange. Le salon d’automne 1908 refuse ses nouvelles toiles. Khanweiler les achète et organise une première exposition entièrement consacrée à Braque. C’est au cours de cette exhibition que le critique Louis Vauxcelles compare sa peinture à un amoncellement de petits cubes : c’est la naissance du cubisme.

De 1909 à 1912, Braque et Picasso élaborent les théories cubistes.

Définition du cubisme par Kahnweiler, 1970

Parallèlement, Georges Braque poursuit sa peinture de paysages influencée par Cézanne, paysages qu'il finit par abandonner pour les natures mortes qui l’ont rendu célèbre (Guitare et Compotier en 1909).

Georges Braque introduit également dans sa peinture des collages (papiers peints, journaux, affiches). Cette technique est appelée «papiers collés».

La collaboration des deux peintres s’achève avec la Première Guerre mondiale. Picasso accompagne Braque sur le quai du train qui l’emporte vers les champs de bataille. Ils ne se reverront plus.

D’une guerre à l’autre

Braque est mobilisé en 1914 et participe au "grand carnage". Envoyé au front, il est gravement blessé à la tête en 1915 et subit une trépanation. Il ne pourra recommencer à peindre qu'en 1917, date à laquelle il publie ses « Pensées et réflexions sur la peinture ».

Georges Braque lit des aphorismes extraits de son journal (audio), 1947

Son style et ses recherches se font plus personnelles. Il reste cependant toujours préoccupé par la représentation du sujet à l’instar de ses nombreuses études d'ateliers, de guéridons ou de natures mortes. Toujours d’influence cubiste, son œuvre évolue vers des formes moins anguleuses et des tons plus colorés, un peu plus proches de la réalité. Ce nouveau style est marqué par la signature d’un contrat avec un nouveau galeriste, Paul Rosenberg. Vers 1930, il exécute plusieurs séries : baigneuses, plages, falaises. Puis jusqu’en 1938, il peint des natures mortes décoratives.

Rétrospective de la carrière de Braque dans 4 galeries de New-York, 1964

L’arrivée de la Seconde Guerre Mondiale pousse Braque à se tourner vers les objets rassurants du quotidien : le verre de vin ou le morceau de pain, les poissons. En 1945, atteint d’une grave maladie, il s’arrête de peindre durant plusieurs mois.

Après-guerre, la paix et la liberté retrouvées s’expriment chez l’artiste par des variations autour du thème de l’oiseau : son vol, sa liberté, ses jeux avec la pesanteur et l'espace, ses migrations.

L’ordre des oiseaux, (document muet), 1962

La peinture reste pour Braque un espace d'absolu dans lequel il effectue ses recherches loin du brouhaha des salons parisiens.

Reportage dans son atelier, (document muet), 1949

Ouverture artistique

Dans les années qui suivent Georges Braque s’ouvre à de nombreuses disciplines artistiques. En 1952, il est filmé alors qu’il réalise des cartes de vœux calligraphiées.

Cartes de vœux (document muet), 1952

Le peintre, proche du poète Pierre Reverdy collabore avec lui pour un recueil de poèmes, Une Aventure méthodique. De magnifiques lithographies de Georges Braque illustre la poésie La liberté des mers. Ce majestueux livre de presque 40 centimètres sur 60 ne sera finalement publié que fin mai 1960, un mois avant le décès de Reverdy.

Poèmes de Reverdy illustrés par Braque, 1973

On lui doit aussi la création des sept vitraux de la chapelle Saint-Dominique et celui de l'église Saint-Valery de Varengeville-sur-Mer en 1954.

Les vitraux de Varengeville-sur-Mer, 1954 (audio)

C’est dans son atelier, au bord de la mer, près du cimetière marin que le peintre vient se ressourcer.

Braque à Varengeville, 1945

Les « métamorphoses » de Braque

Georges Braque découvre l’œuvre du poète grec Hésiode dans les années 1920. Elle donne à Braque l’opportunité d’une immersion dans la philosophie. Le peintre travaille sur ce thème à plusieurs reprises sur des gravures et lithographies. A la fin de sa vie, il ressent le besoin de « libérer » ses oiseaux et ses têtes grecques en leur donnant du volume.

A cet effet, en 1961, Braque fait appel à un jeune maître lapidaire parisien, le Baron Michel Heger de Löwenfeld. A partir de 110 gouaches, il façonne des objets et bijoux précieux ornés de pierres nobles. Cette fois, le vieux peintre peut dire au maître lapidaire « Pour moi, plus de métaphores, des métamorphoses ».

En mars 1963, l’exposition Les Bijoux de Braque ouvre ses portes au palais du Louvre. C’est un succès, l’exposition est prolongée jusqu’à la mi-mai.

Braque entre vivant au Louvre

En décembre 1961, Braque reçoit la consécration ultime. A l’instigation d’André Malraux, l’octogénaire s’expose au Louvre : L’Atelier de Braque. C’est la première fois qu’un artiste est célébré de son vivant par le prestigieux musée français. Pour l’occasion, le vieil homme assiste à l’inauguration et répond à quelques questions.

Inauguration de l’exposition L’atelier de Braque, décembre 1962

C’est l’une des dernières apparitions du peintre en public. Il s’éteint le 31 août 1963 à Paris. La nation lui rend un hommage national au Louvre. André Malraux prononce son éloge funèbre. Les obsèques ont lieu le lendemain à Varengeville-sur-Mer. 

Hommage de la nation à Georges Braque, 3 septembre 1963

Georges Braque reste l’un des peintres les plus marquants du XXème siècle. Une grande partie de ses œuvres a été donnée en 1966 au Musée d’Art Moderne de Paris par son exécuteur testamentaire Claude Laurens.

Donation Braque, juillet 1966

Pour aller plus loin :

Exposition Georges Braque au Grand Palais du 18 septembre 2013 au 6 janvier 2014

Retrouvez Georges Braque sur ina.fr 

Une vie, une œuvre : Georges Braque (audio)

Braque, tel qu’ils le voient (audio)