Le 14 avril 1973 paraissait le premier numéro du journal Libération. Au départ, un journal alternatif, aujourd'hui, un titre généraliste qui s'est beaucoup battu pour défendre un peu de son âme, retour sur des années de non-conformisme.

Donner la parole au peuple

Indépendance et liberté : deux principes qui constituent la pierre angulaire d'un journal, Libération. Ce contrat moral a été respecté durant 33 années par Serge July. En 2006, le PDG de "Libé" est remercié par l'actionnaire principal, Edouard de Rothschild. Le quotidien a ainsi perdu l'un de ses co-fondateurs.

C'est en effet aux côtés de Jean-Paul Sartre et au lendemain des événements de mai 1968 que Serge July participe à la création d'un journal destiné à "donner la parole au peuple". Dans Radioscopie de Jacques Chancel, le philosophe revient sur les principes fondamentaux de ce quotidien qui "doit être l'expression d'une démocratie directe où le peuple parle au peuple" : il ne doit pas subir de pressions financières (via des capitaux ou de la publicité) ; il ne doit pas appartenir à un parti politique et il doit être animé par une variété de journalistes ayant diverses opinions.

Le 18 avril 1973, un premier numéro de quatre pages est édité. Conçu sous la forme d'un manifeste, il prône ce qui deviendra la charte du journal. Une souscription pour le financement "d'un organe quotidien entièrement libre" est mise en place. Le journal sort pour la première fois en kiosque le 22 mai 1973 : Libération est né. Il devra grandir seul, sans publicité ni actionnaires. Principe d'autofinancement.

Avant et après 1981

Au départ, le projet est issu des milieux intellectuels maoïstes. Des militants d'extrême gauche et des journalistes composent la rédaction. Deux tendances, donc, et des divergences, qui sont avant tout pour l'équipe une source de réflexion. Jouant de son style corrosif et provocateur, Libé peut tout se permettre.

Le journalisme selon Serge July... (audio)

Ainsi, le quotidien roublard émerge bon gré mal gré du reste de la presse française, jusqu'au mois fatidique de février 1981. 

Serge July répond à la question un peu provocante de Rachel Assouline : "Pourquoi en 1981, avez-vous fait ce choix "clinquant" des nouveaux actionnaires de Libé ? Est-ce la conséquence de votre fascination pour les "puissants" ?

lui qui se définissait comme le porte-parole des luttes et mouvements sociaux devra affronter ses propres crises.

En effet, Serge July ne veut plus d'un journal marginal et opte pour une stratégie radicale : arrêter le quotidien, licencier toute l'équipe. Alors que les rotatives tournent pour un dernier numéro, celui du 23 février 1981, en coulisses, on réfléchit à une formule ambitieuse. Il y aura désormais un avant et un après 1981.

Le 12 mai, le numéro zéro d'un "Libé" inédit célèbre la victoire de François Mitterrand. Mais c'est en février 1982 que le journal connaît son plus grand bouleversement : des petites annonces payantes et des publicités s'immiscent dans les filets du quotidien. Avec également deux pages consacrées à la bourse et l'arrivée d'actionnaires dirigeants, le nouveau Libération s'émancipe de l'anti-capitaliste qu'était Sartre.

Mais l'accalmie est de courte durée. En 2014, Libération passe sous la barre des 100 000 exemplaires vendus. Pour faire face aux difficultés financières, la direction annonce la suppression de 93 postes et une réorganisation des activités tournées vers les projets multimedia.

En 2015 sort une nouvelle formule pour reconquérir les lecteurs.

Enlisé dans la crise

Après avoir été le journal phare des années 80, Libération aborde l'âge adulte trop sagement. Pour certains, peu à peu, il perd sa différence, son originalité. La naissance du prochain "Libé", troisième du nom, est alors annoncée. A qui, à quoi ressemblera-t-il ?

Plus grand, plus gros, il compte 80 pages et a pris des couleurs.

En 1995, un supplément magazine tente de séduire.

En 1986, le journal adopte une stratégie multimédia.

Mais le lecteur n'accroche pas. "Libé 3" est un échec commercial et financier : il perd 12 millions de francs par mois. Pour faire face à ce coup dur supplémentaire, un plan drastique est annoncé : cure d'amaigrissement de la pagination et des effectifs, croissance du prix de vente.

En février 1996, les salariés votent le plan de recapitalisation du journal, et le groupe Chargeurs devient l'actionnaire principal en apportant 60 millions de francs dans les caisses.

C'est un véritable changement culturel pour les employés qui étaient jusqu'alors propriétaires du quotidien.

Depuis, submergé dans un marché de la presse devenu incertain, le quotidien vacille. Les années se suivent, les crises se ressemblent : grèves, absence des kiosques, recherche de nouveaux actionnaires. A la suite de "Libé 3", Serge July doit licencier 95 journalistes. Finalement, c'est lui qui se dit prêt à partir si cela peut améliorer la santé financière du journal. L'heure pour July de tourner la page sonne le 30 juin 2006.

Il sera remplacé par Vittorio de Filippis, puis par Laurent Joffrin.

En 2007, reportage consacré à l'issue de la crise traversée par le journal Libération. Edouard de Rothschild, principal actionnaire du quotidien, rend public le nom des investisseurs décidés à soutenir le plan de redressement du journal.

Pour aller plus loin

Les années Libé. Pour commémorer les vingt ans du journal Libération,le réalisateur Michel Kaptur rend compte à travers les témoignages de nombreux salariés et ex-salariés du journal, des voix et des sensibilités qui ont fait Libération depuis la conférence de presse du 4 janvier 1973. (documentaire, 1993)

Libé il y a vingt ans. (reportage)

Rédaction Ina le 26/06/2006 à 00:00. Dernière mise à jour le 13/04/2018 à 15:13.
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