Euthanasie : pour ou contre ?

Redaction Ina le 07/12/2012 à 15:40. Dernière mise à jour le 03/10/2017 à 16:47.
Médecine, Santé Vie sociale
L’euthanasie : pour ou contre ?

Le débat sur l’euthanasie et le droit à mourir dans la dignité revint régulièrement sous les feux des projecteurs. ina.fr revient en images sur les grands moments du débat lié à l’euthanasie.

Peut-on mourir dignement ?

Le débat sur l’euthanasie revient régulièrement sous les feux des projecteurs.  Dernière affaire en date de déchirement de la famille de Vincent Lambert, qui est maintenu dans un état végétatif depuis six ans à Reims. Alors que l'équipe soignante, l'épouse et quelques autres membres de la famille réclament l'arrête des soins, les parents eux, refusent la mise en application du dispositif Léonetti.

Depuis 2013, les recours auprès de la justice se sont multipliés. Le 24 juin 2014, le Conseil d'Etat s'est prononcé pour l'arrêt de l'assistance médicale mais, dans la soirée, nouveau coup de théâtre : la Cour Européenne des Droits de l'Homme a suspendu la décision. 

Fin de vie : une famille se déchire à Reims, 2013

Au même moment, l'urgentiste bayonnais Nicolas Bonnemaison, qui avait mis fin à la vie de sept personnes, a été acquitté par la cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques le 25 juin 2014.

Nicolas Bonnemaison devant les assises, octobre 2013

La "Mission de réflexion sur la fin de vie" avait pourtant mis en chantier un nouveau rapport sur ce sujet épineux, à la demande du président de la République. 
Son auteur, le professeur Didier Sicard, travaille sur de nouvelles propositions pour améliorer la loi Léonetti, dont le dispositif est jugé insatisfaisant par les tenants d'une "mort choisie" .

La réflexion sur le droit à mourir dans la dignité remonte au milieu des années 70, en réponse aux progrès en matière de réanimation et de soins médicaux. 
En 1976, une affaire d’euthanasie défraye la chronique et sensibilise le grand public à cette question : le cas de la jeune américaine Karen Quinlan. Pour la 1ère fois, des parents demandent aux autorités le droit de « débrancher » leur fille, plongée dans un coma profond et dans un état végétatif irréversible.

L'affaire Quinlan, 1976 (audio)

Ce fait-divers émeut le monde entier et entraine de nombreux débats d’idées. En France, ce fait-divers marque le début d’une réflexion passionnée autour du droit à l’euthanasie volontaire. Aucune solution ne sera trouvée. 
D’autres pays, au contraire, en profitent pour voter des lois encadrant cette pratique : en Belgique, aux Pays-Bas ou en Suisse. Cette dernière autorisera d’abord l’euthanasie passive (pas d’acharnement thérapeutique, soulagement des souffrances), puis l’euthanasie active ou suicide assisté.

La mort douce

Absence de législation

Faute d’avoir légiféré, la France se retrouve peu à peu dans une situation ambiguë. Plusieurs fait-divers symbolisent le décalage existant entre la réalité médicale, l’évolution des mentalités et l’éthique. L’absence de législation oblige les pro-euthanasie à adopter des comportements répréhensibles par la loi : certains médecins compréhensifs ou parents déchirés aident leurs patients et enfants à partir sans souffrance. (Docteur Chaussoy, Marie Humbert).

Désespérés, les malades eux-mêmes réclament le droit de mourir au moment souhaité. Chantal Sébire ira même devant un tribunal pour que l’on reconnaisse son choix de partir dignement. Vincent Humbert, écrira quant à lui une lettre déchirante au Président de la République. 

Chantal Sébire demande le droit à mourir dans la dignité

Ces appels désespérés et médiatisés ont le mérite de poser la question sur la scène publique mais n’apportent pas de solutions. 
Chantal Sébire finit par se suicider, alors que la mère de Vincent Humbert et son médecin abrègent illégalement le calvaire du jeune homme.

Le 14 janvier 2004 le docteur Chaussoy et Marie Humbert sont mis en examen, le premier pour « empoisonnement avec préméditation » et la seconde pour « administration de substances toxiques ». Les deux accusés ont toujours assumé leur acte.

Docteur Chaussoy : je ne suis pas un assassin, 2004

Un non-lieu est délivré en février 2006 sur cette affaire par la juge d'instruction Anne Morvant.

Non-lieu dans l'affaire Humbert, réaction de la mère de Vincent, 27 février 2006

Ce dernier drame provoque un débat éthique et législatif sur le thème de l'euthanasie.

 La loi léonetti

La mort de Vincent Humbert et le procès qui suit émeuvent l’opinion publique et pousse le gouvernement à lancer une réflexion sur l’euthanasie. Elle donne naissance à la loi Léonetti : un « droit à laisser mourir » adopté par le parlement français en avril 2005. Ce texte vise essentiellement à limiter l'acharnement thérapeutique et à renforcer le respect de la volonté du patient de cesser le traitement. Mais il ne concerne que la fin de vie.

Loi Léonetti : les grandes lignes, 2008

Ses détracteurs soulignent que les autres cas, illustrés par les affaires Humbert (paralysie totale), Sébire (maladie dégénérative incurable) ou Pierra (état végétatif) ne sont pas concernés par cette loi. Elle fait obligation au médecin de soulager la douleur, de respecter la dignité du patient et d'accompagner ses proches mais maintient l’interdiction de pratiquer une euthanasie active.

Le droit à mourir

Pour aller plus loin

Des personnalités politiques et autorités médicales s'expriment sur cette question : le docteur Haemmerli, pour l'euthanasie (1975), Paul Milliez (1976), des évêques (1976), Simone Veil (1977), Christian Barnard (1984), Axel Kahn (2008)

Plus de vidéos sur l'euthanasie

Le débat reste ouvert. Un récent sondage montre que 86% des Français sont désormais favorables à sa légalisation. La balle est de nouveau dans le camp du législateur.