Droit de cuissage en 1982 : "Son surnom, dans Paris, c'était le pieu !"

Administrator dev le 12/10/2017 à 12:11. Dernière mise à jour le 12/10/2017 à 12:19.
Economie et société

Pressions, avances sexuelles, représailles... Trois femmes, victimes anonymes, témoignent de harcèlement au travail. Des comportements qui demeurent, comme le démontre l'affaire Harvey Weinstein, producteur américain accusé aujourd'hui d'agressions et de viols.

L'affaire Harvey Weinstein éclabousse le monde d'Hollywood. Une vingtaine d'actrices, mannequins et anciennes employées accusent le producteur de cinéma américain de harcèlement sexuel ou d'agression sexuelle. Mais les hommes comme Harvey Weinstein ne sont pas rares. Comme l'a dit la Française Léa Seydoux, qui a subi une tentative brutale du producteur "lubrique" : "Je rencontre des hommes comme Harvey Weinstein tout le temps."

Dans les années 70 et 80, l'expression la plus couramment utilisée pour désigner ces situations de harcèlement au travail, c'était le droit de cuissage. Dans le reportage ci-dessus, diffusé par Antenne 2, trois femmes apportent leur témoignages sur les chantages sexuels auxquels elles ont été confrontées dans leur travail. Une secrétaire, une vendeuse et une cadre racontent les circonstances dans lesquelles elles ont subi ces avances par leur supérieur hiérarchique, que ce soit un homme ou une femme. Elles parlent aussi des conséquences : une démission ou un blocage dans la carrière. Des témoignages rares.

Peu de femmes acceptent de dénoncer ces comportements, quels que soient le milieu, le pays. A propos de l'affaire Weinstein, le réalisateur Rob Schneider fait ce constat : "Les acteurs, les actrices plus que les hommes, sont particulièrement vulnérables. Ils ont besoin d'un agent et les agents sont répugnants aussi. Les directeurs de casting, les producteurs, les réalisateurs, c'est partout dans l'industrie (du film), il n'y a pas une actrice qui n'ait pas une histoire."

L'affaire a éclaté grâce aux témoignages de huit femmes recueillis par le New York Times, qui a publié une enquête explosive le 5 octobre. Celles qui parlent publiquement sont d'anciennes employées du producteur, inconnues du grand public, mais aussi l'actrice Ashley Judd. Le quotidien révèle aussi d'autres cas de harcèlement, notamment avec l'actrice Rose McGowan ou le mannequin Ambra Battilana Gutierrez, qui ont conclu un accord à l'amiable incluant une probable clause de confidentialité; les deux femmes n'ont pas fait de commentaire au journal.

Parallèlement, le magazine New Yorker a publié le 10 octobre sa propre enquête de dix mois, dans laquelle 13 femmes accusent Harvey Weinstein de harcèlement ou agression sexuelle, dont trois de viol: l'actrice italienne Asia Argento, l'actrice Lucia Evans et une jeune femme ayant souhaité garder l'anonymat. Dans le même article, les actrices Mira Sorvino, Emma de Caunes, Rosanna Arquette et Jessica Barth racontent les avances sexuelles du magnat du cinéma dans des circonstances similaires, des attaques qu'elles ont déjouées.

Avec le flot de révélations, d'autres femmes ont décidé de témoigner à visage découvert. Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie, Judith Godrèche et Katherine Kendall racontent au New York Times les avances d'un Weinstein nu ou vêtu d'un peignoir, dans des chambres d'hôtels, au cours des années 1990. Le Times publie aussi le témoignages de deux autres femmes, Tomi-Ann Roberts, une étudiante qui avait 20 ans en 1984, et une comédienne débutante, Dawn Dunning, en 2003. La journaliste Lauren Sivan raconte de son côté au Huffington Post que le producteur s'est masturbé devant elle dans les cuisines d'un restaurant, il y a une décennie.

La star Cara Delevingne publie sur ses comptes Twitter et Instagram un témoignage désormais presque banal: le patron l'a attirée, à l'aide d'une assistante et au prétexte d'un rendez-vous professionnel, dans sa chambre, et a tenté de déclencher une relation sexuelle à trois, avec une femme déjà présente. Elle s'est enfuie.

Ina (avec AFP)