Le 21 juillet 2008, au terme de 13 ans de cavale, Radovan Karadzic, l'ancien dirigeant des Serbes de Bosnie était arrêté. Retour la double vie de celui que le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie allait condamner à 40 ans de prison pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. 

Le 21 juillet 2008, Radovan Karadzic, celui qui déclarait : "Je suis né pour incendier, tuer et  pour réduire en poussière" était enfin arrêté après 13 ans de cavale. L'ancien chef militaire serbe était recherché pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide après que le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) ait lancé un mandat d'arrêt international en juillet 1995.

Arrêté dans un bus de Belgrade…

Épaisses lunettes, barbe blanche fournie et cheveux longs, l'homme le plus recherché au monde vivait sous une double identité. Il se faisait appeler Dragan Dabic et se présentait comme un spécialiste en médecine alternative travaillant pour une clinique privée de Belgrade. Il vivait sans être importuné dans la banlieue de la capitale. Il signait même des articles pour des revues spécialisées et il donnait des conférences sur la bioénergie et la méditation !

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Les services secrets serbes, par la voix de Rasim Ljajic, expliquent sa capture : "Nous avons suivi un groupe de personnes faisant partie de son réseau et qui l'on aidé pendant toutes ces années. Comme vous l'a dit le procureur, tout s'est passé hier. L'arrestation a eu lieu dans la soirée. Radovan Karadzic utilisait une fausse identité. Il se faisait appeler Dragan Dabic". 

Sa famille assure quant à elle qu'elle n'était pas en contact avec lui, à l'instar de son frère Luka, qui lui rend visite en prison : "Je peux vous dire qu'il est très optimiste. Il sait s'il est coupable ou non. D'ailleurs, il ne reconnait pas le tribunal de La Haye, mais il ne peut rien y faire. L'acte d'accusation lui a été remis".

En juillet 1995, le massacre de Srebrenica, dont il était l'instigateur, avait fait 8000 morts. Une habitante de Srebrenica qui a perdu des membres de sa famille dans le massacre s'exprime : "S'ils mènent le procès comme ils l'ont fait pour Milosevic, moi et toutes les victimes craignons que ça dure trop longtemps et qu'il ne vive pas assez longtemps pour être condamné, ce qui est crucial pour nous. Ça aurait été très important que Milosevic soit condamné pour génocide".

Si les autorités voient dans cette arrestation une manière de tourner la page pour la Serbie et de tendre la main à l'Europe, la minorité des ultras nationalistes serbes, eux, protestent violemment contre l'arrestation de celui qu'ils considéraient alors toujours comme un héros national.

Qui est Radovan Karadzic ?

Cette vidéo dresse le portrait de celui qu'on surnommait "docteur Karadzic", à cause de son premier métier de psychiatre, et qui avait dirigé les troupes serbes de Bosnie de 1992 à 1995.

Le commentaire du journaliste nous décrit son parcours : "A la fin des années 80, avec le soutien de Slobodan Milosevic, il fonde le parti démocratique serbe. Karadzic prône alors l'ultra nationalisme serbe en Bosnie, avec une obsession : la création de la grande Serbie. C'est Milosevic qui lui donne les moyens de réaliser ses rêves. Pendant trois ans, le duo va faire des ravages : Siège de Sarajevo, purification ethnique contre les musulmans bosniaques. Et en juillet 1995, le massacre de Srebrenica."

C'est sur son ordre que Ratko Mladic va faire abattre des milliers de musulmans venus se réfugier sur cette base de l'ONU. "Ce carnage vaudra à ces deux bourreaux un mandat d'arrêt international lancé par le TPIY en juillet 1995 pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide. Quatre mois plus tard, malgré ce mandat d'arrêt Karadzic est à la table des Accords de Dayton. Il finit par accepter le plan de paix qui met fin à trois ans et demi de combats. Le leader serbe est toujours en place. Il ne démissionne qu'en juillet 1996. Mais ce colosse des montagnes du Monténégro, expert du double langage et du mensonge reste un homme populaire dans son fief. A l'aube de la soixantaine, l'homme a toujours le goût du défi et reste l'homme le plus recherché du TPIY. Et on l'aperçoit régulièrement entouré de ses gardes du corps. Pendant toutes ces années personnes ne semble vouloir l'arrêter…"

13 ans d'une double vie bien réglée

Le lendemain de son arrestation, les reporters se rendent dans le quartier où vivait Karadzic et où visiblement personne ne se doutait de sa véritable identité.

"Il s'était même inventé une biographie fictive, qu'on pouvait consulter sur Internet... et se présentait comme spécialiste des médecines douces, un comble pour ce criminel sanguinaire... " Dans cette enquête de Amaury Guibert et Christophe Vignal, on découvre une vidéo amateur tournée le 28 janvier 2008, lors de l'une de ses conférences sur les médecines alternatives. Puis Goran Kojic, le rédacteur en chef de la revue Vie saine, dans laquelle il publiait ses articles, le décrit comme "un homme cultivé, agréable, éloquent".

Trois jours après son arrestation, ce reportage revient sur les secrets de sa traque avec de nombreuses images d'archives et l'interview de Raymond Carter, ancien responsable de la cellule recherche du TPI, à propos des informations de localisation de Radovan Karadzic données par son équipe à l'armée et qui les a très mal exploitées. (Emission Pièces à conviction du 5 octobre 2007)

Le procès et la condamnation

Placé en détention, il sera extradé et présenté devant le tribunal pénal international et condamné en mars 2016 à 40 ans de prison, pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité et pour son implication dans le massacre de Srebrenica.

Le 22 juillet 2016, Karadzic a fait appel de ce jugement.

Les 23 et 24 avril 2018, à 72 ans, après avoir fait appel de sa condamnation, l'ancien dirigeant des Serbes de Bosnie comparaît à nouveau devant la justice internationale, devant la Division de la Haye du Mécanisme pour les Tribunaux Pénaux Internationaux (MTPI) qui a pris le relais du TPIY.

Pour aller plus loin

En première instance, le TPIY avait considéré que ses troupes avaient "sélectionné leurs victimes sur la base de leur identité de musulman ou de Croate". Le massacre de près de 8000 hommes et garçons musulmans à Srebrenica en juillet 1995, le pire commis en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, s'inscrivait ainsi dans le cadre d'un "nettoyage ethnique" planifié par un trio regroupant Karadzic, le général Ratko Mladic et Slobodan Milosevic. L'accusé a aussi été condamné pour des persécutions, meurtres, viols, traitements inhumains ou transferts forcés, notamment lors du siège de Sarajevo, qui a coûté la vie à 10.000 civils en 44 mois, ainsi que pour des camps de détention aux "conditions de vie inhumaines". [Source AFP]

Massacre de Srebrenica. 11 juillet 1995. Alors que la guerre de Bosnie-Herzégovine fait rage, 8 372 hommes bosniaques musulmans sont massacrés à Srebrenica par des unités de l'Armée de la République serbe de Bosnie (VRS) sous le commandement du général Ratko Mladic. Retour sur les faits. (Playlist)

La guerre de Bosnie (Article)

Eurocorps (Article)

Bosnie : Les autorités musulmanes ont refusé l'évacuation des civils de l'enclave de Srebrenica assiégée par les Serbes. En plateau, Edgar Morin, sociologue au CNRS, réagit. (6 avril 1993) 

La marche du siècle : Srebrenica autopsie d'un crime de guerre (Extrait, 1996)

Bosnie : cinq ans après Dayton (2000)

Rédaction Ina le 18/07/2018 à 15:26. Dernière mise à jour le 18/07/2018 à 16:08.
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