Le Nicaragua compte ses morts - plus de 300 - après trois mois de violentes émeutes contre le président Daniel Ortega. Ces derniers jours, les pressions internationales se font plus insistantes pour convaincre le président nicaraguayen de mettre fin à la spirale de la violence. C’est une réforme du système des retraites, inspirée au gouvernement par le Font monétaire international, qui a mis le feu aux poudres et fait descendre des milliers de Nicaraguayens dans la rue. Mais aujourd’hui, les manifestants réclament bien plus : le départ pur et simple du président Daniel Ortega, arrivé pour la première fois au pouvoir en 1979...

Car Daniel Ortega n’est pas un Président comme les autres… Dans son pays, il est même la personnalité politique centrale et incontournable depuis les années 1970. Durant cette décennie, l’opposition de gauche se rassemble pour mettre fin à la terrible dictature de la famille Somoza, soutenue par les Etats-Unis.

Daniel Ortega est alors l’un des leaders du mouvement sandiniste (le Front sandiniste de libération nationale), dont le nom rend hommage à Augusto Sandino, un révolutionnaire assassiné par un membre de la famille Somoza en 1934. Premiers opposants à la dictature de Somoza, les Sandinistes sont socialistes, inspirés par la révolution cubaine.

En 1979, les forces sandinistes parviennent à renverser Somoza. C’en est fini de la dictature, une junte de gouvernement de reconstruction nationale est mise en place, qui rassemble les différentes forces d’opposition, sandinistes et libéraux. Daniel Ortega en est un membre éminent.

En 1984, il sera élu pour la première fois Président de la République. Un vaste programme d’aide à l’alphabétisation et à l’accès aux soins pour tous est mis en place. Couronnée de succès – le Nicaragua est le pays le plus pauvre d’Amérique centrale – cette politique, qui fait passer le taux d’alphabétisme de 50 à 13%, est alors saluée par l’ONU.

Les Etats-Unis voient d’un mauvais œil ce gouvernement d’inspiration socialiste. Ils financent alors l’insurrection des Contras, un groupe armé qui combattra le gouvernement sandiniste jusqu’en 1990, date à laquelle Daniel Ortega quitte le pouvoir, battu aux élections présidentielles.

Un départ, suivi d’un retour au pouvoir, 16 ans plus tard. Elu en novembre 2006, Daniel Ortega a choisi comme vice-président un ancien ennemi, en la personne d’un ancien des Contras. Et c’est désormais dans les quartiers prospères de la capitale, Managua, qu’il semble compter le plus de soutiens, suscitant au contraire une certaine interrogation de la part des couches les plus populaires du pays.

Mais les fondamentaux de la politique sandiniste qu’il avait appliquée au pouvoir durant les années 1980 sont maintenus : dépénalisation de l’homosexualité et continuation de ses programmes d’aide aux plus démunis pour l’accès aux soins et à l’éducation.

Sur le plan international, il maintient sa défiance vis-à-vis des Etats-Unis. Réélu en 2011 puis en 2016, Daniel Ortega nomme son épouse, la poétesse Rosario Murillo, à la vice-présidence du pays, et place leurs enfants à des postes de responsabilité. Un réel népotisme qui dévoile le visage d'un homme âgé aujourd'hui de 72 ans, jaloux de sa richesse, et s'accrochant coûte que coûte au pouvoir.

Rédaction Ina le 18/07/2018 à 14:13. Dernière mise à jour le 18/07/2018 à 14:34.
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