Ina.fr vous propose une série de sujets culturels déprogrammés de l’antenne par les pouvoirs publics ou par les pressions exercées par certaines personnes influentes. Retour en images sur la censure à l’Ortf.

Louis Ferdinand Céline, l’infréquentable

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En 1959, l’émission « En Français dans le texte » décide de consacrer un portrait à Louis Ferdinand Céline. L’écrivain, aux idées antisémites, est à l’époque exclu de la vie littéraire. En 1950, il a été condamné à l'indignité nationale avant d'être finalement amnistié. C’est dans ce contexte que Louis Pauwels obtient un entretien exclusif, réalisé au domicile de l’auteur, à Meudon.

Le passage à l’antenne est prévu le 19 juin 1959. L’Office de Radio Télévision Française interdit sa diffusion juste avant, en raison de la « virulence des propos » mais plus sûrement, pour ses options politiques passées.

 

En français dans le texte, 1961

L’écrivain relate sa vie sans fards. Parfois agité, il décline son état civil, évoque son enfance et ses études de médecine. Il dénigre avec virulence la publicité et "les gens qui ne foutent rien". L’écrivain donne des réponses acerbes, émouvantes ou lucides, aux questions posées : la joie, Dieu, les autres, l'avenir, les écrivains, le travail, l’absence de joie dans sa vie, ses peines, l’amour, la mort, sa dernière pensée face à la mort...

L’immoralité de Salvador Dali

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L’émission « Gros plan », consacrée au peintre Salvador Dali est une autre rescapée de l’enfer de l’Ortf. Elle a été dissimulée aux yeux trop sensibles des téléspectateurs des années 60.

Ce portrait de Salvador Dali, tourné en Espagne à Cadaquès, s'articule autour d'une interview conduite par Pierre Cardinal. Il devait être diffusé à une heure tardive, avec le carré blanc et précédé d’une annonce. Il fut tout simplement déprogrammé pour « immoralité ».

Voici un extrait de l'annonce qui prévue avant diffusion : « Nous voulons croire qu'à cette heure avancée de la nuit les enfants sont depuis longtemps couchés. Il serait très néfaste en effet qu'ils puissent voir les images qui vont suivre. Nous donnons aux moins de 18 ans le conseil d'éteindre dès maintenant leurs récepteurs, conseil qui sera également suivi avec profit par les personnes impressionnables..." (Télé Magazine du 1er au 7 octobre 1961)

Gros plan Dali, 30 septembre 1961

Le chemin de Damas, censure catholique

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En 1963, la télévision adapte une pièce de Marcel Haedrich « Le chemin de Damas ». Yves-André Hubert la réalise, Roger Coggio joue Paul, Marc Cassot, Barnabas et Alice Sapritch interprète Madeleine.

La pièce traite de la rencontre entre le Christ et Saül (celui qui deviendra Saint Paul) en l'an 42 sur le chemin de Jérusalem à Damas. Après cette vision, Saint Paul décide de se faire le grand propagateur de la foi chrétienne.

La pièce est déprogrammée à la suite d'une plainte du vicomte d'André, représentant des téléspectateurs catholiques. Robert Bordaz, directeur général de la Rtf et les membres du Comité de lecture décident de repousser la diffusion. Elle passera en 1964 sur la 2ème chaîne.

Le chemin de Damas, 8 juillet 1964

Pour Marcel Haedrich, son auteur : « C'est une tempête dans un verre d'eau…Ma pièce existe depuis dix ans.... De nombreux catholiques l'ont lue, des prêtres notamment. Personne n'a mis en doute la foi et le respect chargé d'admiration avec lesquels j'évoque Saint Paul... Il fut obligé de convaincre les chrétiens de ne pas garder leur religion pour eux mais de la partager avec tous les païens du monde, même s'ils devaient pour cela sacrifier certaines traditions. C'est ce problème là que j'ai voulu traiter dans ma pièce.... Je n'ai pas écrit pour scandaliser mais pour servir..."

Antonin Artaud, le subversif

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La radio publique possède elle aussi son « enfer ». Emission emblématique de ce trésor caché, la création radiophonique du poète Antonin Artaud : « Pour en finir avec le jugement de Dieu ». L’enregistrement se déroule dans les studios de la Rdf entre le 22 et le 29 novembre 1947.

Elle est programmée le 2 février 1948, mais le directeur de la radio diffusion Française la censure à la veille de son passage sur les ondes. Il faudra attendre 25 ans pour l'entendre.

Le texte subversif choque, sa mise en onde détonne. Artaud y parle, crie, hurle : poésie de la cruauté, éructation verbale dénonçant l'ordre moral, religieux et, détruisant tous les tabous.

« Là où ça sent la merde, ça sent l'être. L'homme aurait très bien pu ne pas chier, ne pas ouvrir la poche anale, mais il a choisi de chier comme il aurait choisi de vivre. Au lieu de consentir à vivre mort. C'est que pour ne pas faire caca, il lui aurait fallu consentir à ne pas être, mais il n'a pas pu se résoudre à perdre l'être, c'est à dire à mourir vivant... »

 Pour en finir avec le jugement de Dieu, 1947

L'œuvre est précédée d’une introduction de Roger Vitrac sur la vie, l’œuvre et l’influence d’Antonin Artaud.

Les textes sont lus par Maria Casarès, Roger Blin, Paule Thévenin et l'auteur lui-même. L'accompagnement est composé de cris, de battements de tambour et de xylophone enregistrés par Antonin Artaud.

Rédaction Ina le 09/07/2013 à 10:49. Dernière mise à jour le 11/04/2015 à 10:50.
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