Censure et Algérie

Redaction Ina le 09/07/2013 à 16:28. Dernière mise à jour le 11/04/2015 à 10:50.
Médias Politique Histoire et conflits

Quatrième épisode de notre série consacrée à la censure. Zoom sur la censure liée à la guerre d’Algérie. L’ina a exhumé pour vous une série de documents censurés sous la Cinquième République par l’Ortf. Immersion dans ces archives.

Le comité de censure

ina.fr vous propose une série de sujets sur la guerre d’Algérie déprogrammés de l’antenne par les pouvoirs publics ou par les pressions exercées par certaines personnes influentes. Retour en images sur la censure à l’Ortf.

La couverture des « événements » d’Algérie, comme on les appelait à cette époque, est une chose compliquée à gérer pour les journalistes. Le pouvoir entend contrôler l’information d’une main de fer. En amont de la diffusion, les reportages sont projetés devant des contrôleurs de l’état. Leur mission : rendre le sujet visible, c'est-à-dire en supprimer tout élément qui contredirait le discours officiel du général de Gaulle. Au mieux, le reportage est diffusé remonté, au pire, on l’interdit purement et simplement de diffusion.

En 1999, dans « Ligne de Mire », Pierre Dumayet revient sur l’existence de la censure politique dans l’émission « Cinq colonnes à la une » et Michel Honorin, jeune journaliste à l’époque, raconte comment à l’aide d’astuces, lui et ses confrères parvenaient à duper l’autorité de contrôle.

Ligne de mire, 1999

Le journalisme muselé

En 1960, Claude Jean Pajard est moins chanceux. Son duplex téléphonique en direct d’Alger, au deuxième jour des émeutes, le 25 janvier, est purement est simplement censuré. Dans son intervention, il souligne les difficultés de faire son métier de journaliste en Algérie.

Duplex à Alger, 25 janvier 1960

Couvrir le conflit algérien ou l’évoquer s’avère périlleux lorsqu’on veut être un journaliste impartial. Joseph Pasteur en fait les frais.

La veille du JT de 20h00 du 16 mars 1962 où il doit commenter la politique intérieure, on l’averti qu’il ne présentera pas le journal du lendemain : "Au même moment, on apprenait que Pasteur devait être suspendu incessamment à la suite d'un conseil interministériel au cours duquel on avait trouvé qu'il avait une façon provocante de donner des nouvelles...la dernière provocation qu'on lui reprochait était l'annonce, au JT du samedi 10 mars, de la révocation de M. Rouve, secrétaire général du Syndicat de la Police..."

Joseph Pasteur est « invité » soit à partir en reportage loin de Paris, soit à accepter le poste de correspondant de la Rtf à Milan (où il n'y a pas de poste !). Des raisons de sécurité sont aussi invoquées (l'OAS. menacerait de plastiquer son appartement) (télé 7 jours du 24 au 30/03/1962).

Mais, suite à une grève générale d'1/2 heure sur toutes les chaînes de radio et de télévision, le journaliste revient à l'antenne le 07 mai 1962. Il y donne ses impressions sur l'Algérie, puis présente les reportages qu'il a réalisés sur l'Algérie du 08 au 10 mai 1962. Ce reportage est le premier de cette série. Il s’agit d’une rétrospective sur les attentats perpétrés par l'OAS à Alger depuis la signature des Accords d'Evian sur le cessez-le-feu et l'autodétermination en Algérie.

Enquête en Algérie, journal de 20h00 du 8 mai 1962

La censure des magazines d’investigation

Le journal n’est pas le seul à subir le contrôle rigoureux de l’Etat, les magazines sont eux aussi muselés.

En 1990, le journaliste Roger Pic, répondant à la question d'un étudiant, revient sur cette problématique.

 Roger Pic : Cinq colonnes à la une pendant la guerre d'Algérie

Les journalistes pouvaient aussi s’auto censurer. En septembre 1963, Pierre Desgraupes, entouré de Pierre Dumayet et Pierre Lazareff, évoquent brièvement la censure de sujets sur l'Algérie dans Cinq colonnes à la une. Lorsque les images leur semblent avoir une trop grande "force de choc" ou d'impact, ils les suppriment.

 Pierre Desgraupes : la censure de sujets sur l'Algérie dans Cinq colonnes à la une

L’Algérie, sujet tabou

Des années après la fin de la guerre, le sujet est encore tabou. Alors que le film « La bataille d'Alger » vient d'être retiré de l'affiche, l’émission « Tabou » réunit en plateau le producteur du film Yacef Saadi, ancien chef du réseau FLN de la casbah d'Alger et son adversaire de l'époque le colonel Trinquier, ancien membre de l'état major du Général Massu.

La discussion tourne autour de la vérité historique du film, de l'évocation des attentats et de la torture et de l'opportunité de présenter ce film au grand public.

Selon deux articles du Monde des 14 et 16 juin 1970 et un article de Correspondance de la presse du 15 juin 1970, les deux extraits du film « La bataille d'Alger » qui devaient accompagner les propos des deux invités ont été supprimés, alors que Monsieur Yacef Saadi avait spécifié qu'il n'acceptait la diffusion de son interview qu'accompagnée d'une séquence de ce film.

Cette décision émane du conseil d'administration de l'Ortf et de Monsieur Pierre Desgraupes, directeur de l'information de la première chaîne.

 Panorama du 12 juin 1970