Dans son Bulletin épidémiologique de juillet 2018, l'hebdomadaire, Santé publique France alerte sur la diminution constante de la qualité du sperme de 2%, entre 1989 et 2005, et par voie de conséquence, la baisse de fertilité. Si d'après les auteurs, elle reste inexpliquée, plusieurs facteurs pourraient être à l'origine de cette dégringolade, notamment les perturbateurs endocriniens. Cette suspicion n'est pas récente et des chercheurs ont déjà pointé du doigt les substances endocriniennes potentiellement perturbatrices, notamment ceux du CECOS, en 1995, à Toulouse. 

A l'époque, le CECOS (Centre d'Etude et de Conservation des Oeufs et du Sperme humain), étudiait les impacts environnementaux, comme ceux des produits chimiques, sur la fertilité et la qualité du sperme. Christophe Pouyanne se rendait dans leur laboratoire pour faire le point. Leurs propos étaient déjà alarmants…

"Une nouvelle espèce est menacée : le spermatozoïde."

Le reportage commence avec ces propos glaçants et continue ainsi : "C'est ce que révèle une étude de Jacques Auger du CECOS. Cette étude signale une diminution de la qualité du sperme de 2% par an entre 1973 et 1992. Devant la rapidité du phénomène les causes génétiques étaient d'ores et déjà exclues."

Louis Bujan, andrologue au CECOS explique : "Il faut parler de causes liées à l'environnement qui soient communes aux différentes populations étudiées. Et en premier il faut penser à l'alimentation, à l'air et à l'eau." Le chercheur met ensuite en cause nos modes de vie notamment la sédentarité, aux modes de transport et à l'habillement : "On vient de montrer qu'il y a des gens qui passaient plus de quatre heures par jour en position assise et étaient exposés à une infertilité temporaire. Ils mettaient trois mois de plus à se reproduire."

Si on continue sur cette tendance de 2% par an, on peut dire qu'en 2030, si on veut être très pessimiste, il ne restera plus beaucoup de spermatozoïdes"

Il souligne ensuite que la société industrielle nous met en contact avec des produits chimiques qui ont une action néfaste sur l'appareil reproducteur. C'est le cas de certains pesticides employés dans l'agriculture.

Louis Bujan poursuit en évoquant le cas du DDT, qui était largement employé et a été interdit, et dont l'une des molécules avait une activité "anti-androgénique. Il court-circuite et combat l'hormone mâle"… "Tout ceci a été prouvé en laboratoire, maintenant il faut qu'il y ait des études in vivo, qui montrent que les perturbations peuvent être associées à telle ou telle substance ou à tel mode de vie".

Le commentaire souligne que certains solvants et métaux lourds utilisés dans l'industrie sont suspectés. Certaines professions sont donc plus exposées "mais une chose est sûre, le testicule est un organe très vulnérable à tous ces produits".

Le professeur Bujan déclare que la faune est elle aussi menacée par ces substances. Il cite des études effectuées sur les alligators, certains poissons ou des panthères. "On s'aperçoit que ces espèces ont de plus en plus de troubles de leur reproduction, et donc, extinction de ces espèces."

Une chercheuse montre à l'écran des spermatozoïdes normaux et mobiles mais aussi des spécimens à double flagelles ou à deux têtes…

Le professeur Bujan conclut ainsi : "C'est un problème de santé publique important et je crois qu'il faut qu'il y ait un débat en France sur ce sujet. Nous sommes particulièrement en retard sur les Anglais ou les pays d'Europe du Nord qui eux sont très avancés dans cette politique. Si on continue sur cette tendance de 2% par an, on peut dire qu'en 2030, si on veut être très pessimiste, il ne restera plus beaucoup de spermatozoïdes"…

Ce que dit l'étude de Santé publique France de juillet 2018

Entre 1989 et 2005, la concentration en spermatozoïdes dans le sperme a chuté de près d'un tiers (-32,2%), soit près de 2% par an, d'après des mesures réalisées sur près de 27.000 hommes. "Il est possible que cette baisse ait débuté dans les années 1970 si l'on prend en compte une étude précédente réalisée en région parisienne de 1973 à 1992", ont de plus souligné les chercheurs.

Un phénomène qui touche d'autres pays industrialisés (Amérique du Nord, Europe, Australie et Nouvelle-Zélande). Avec une baisse de "1,4% par an" en moyenne " dans les pays occidentaux.

"D'autres causes sont possibles ou peuvent être intriquées avec les précédentes, comme le tabagisme chez les femmes enceintes (...), des facteurs nutritionnels ou métaboliques, la pollution atmosphérique ou des modifications de mode de vie (sédentarité, stress, chaleur, sommeil)", ajoutent-ils.

Parallèlement, les cas de cancers des testicules, qui se déclarent le plus souvent chez des patients âgés de 20 à 40 ans, progressent. De 1998 à 2014, l'incidence de la maladie a augmenté de 1,5% par an. Cette hausse "dans les populations d'origine nord-européenne depuis plusieurs décennies est un fait connu et encore inexpliqué", soulignent les chercheurs.

Les cas de puberté précoce commencent seulement à être recensés, par le nombre d'enfants traités. Se manifestant par des "signes de puberté avant l'âge de huit ans chez les filles et de neuf ans chez les garçons", cette puberté peut avoir de multiples conséquences néfastes pour la santé physique et mentale. Deux régions sont particulièrement concernées: l'ancienne région Midi-Pyrénées et le département du Rhône, avec des incidences plusieurs fois supérieures à la moyenne nationale.

Mais "le rôle d’une exposition environnementale à des substances potentiellement perturbatrices endocriniennes et pouvant être d'origine anthropique (liée à l'intervention des humains, ndlr) est à prendre en considération, sans exclure des facteurs environnementaux non encore identifiés", d'après les chercheurs. 

Pour en savoir plus

Le débat en plateau qui a suivi de reportage. (Vent Sud du 04 décembre 1995, 4 décembre 1995)

Rédaction Ina le 03/07/2018 à 16:43. Dernière mise à jour le 03/07/2018 à 17:03.
Sciences et techniques Economie et société Médecine, Santé