« Ma mère avait pour nom Gwendoline, elle est morte dévorée par les loups, parce que notre père qu’était parti pour boire à la taverne de Duchenot a crevé gelé dans l’étang à cause de son pied-bot. C’est diiiiingue, nan ? »

Vous l’avez reconnu ? Mais bien sûr, c’est Jacquouille la fripouille qui parle, alias Christian Clavier, dans l’une des très nombreuses scènes cultes d’un film mythique qu’on ne présente plus, Les Visiteurs. Réalisé en 1993 par Jean-Marie Poiré, roi de la comédie, il rencontre un immense succès avec ses 14 millions de spectateurs, et se classe aujourd’hui au 5e rang des plus grands succès au box-office français, derrière Bienvenue chez les Ch’tis, Intouchables, La Grande Vadrouille et Astérix et Obélix : mission Cléopâtre.

Un succès qui ne semblait pas évident pour les auteurs au départ de l’aventure (le scénario est écrit par Jean-Marie Poiré et Christian Clavier), tant le pari d’une comédie aux accents de français médiéval, mêlant les genres historique, fantastique, et même social, pouvait paraître risqué.

Le film est en effet un pont entre le Moyen Age et la France contemporaine. Le héros, Godefroy de Montmirail, dit « le Hardi », joué par Jean Reno, est un seigneur du XIIe siècle. Pour avoir sauvé son roi lors d’une escarmouche avec les Anglais, il reçoit en « espousailles » la belle Frénégonde, fille du duc de Pouille.

Mais c’est sans compter sur une maléfique sorcière, qui lui fait boire un poison à son insu. Un poison qui le trouble à ce point qu’il tue pendant la chasse son beau-père, croyant avoir affaire à un ours. C’est la fameuse tragédie cornélienne qu’un bon mage va s’efforcer d’annuler, en faisant boire à notre « Hardi » un breuvage censé le ramener quelques minutes avant la mort de son beau-père. Mais le mage « a omis les œufs de caille » dans sa formule, et voici le preux Godefroy transporté avec son fidèle écuyer, Jacquouille la fripouille, joué par Christian Clavier, dans la France des années 1990...

Il y rencontre sa descendante, Béatrice Goulard de Montmirail, ainsi que Jacques-Henri Jacquart, descendant de Jacquouille, et propriétaire… de son château !

Godefroy de Montmirail et Jacquouille, Laurel et Hardy modernes...

L’intrusion de ce couple à la Laurel et Hardy, le grand seigneur et son écuyer-bouffon, dans le monde moderne, fait naître gags et situations loufoques. Car bien sûr, comme l’explique Christian Clavier, « ils ont un énorme problème avec la technologie, les voitures, l’électricité, l’eau courante, le téléphone, les salles de bain, c’est un désastre… »

Mais en ce qui concerne leur appréciation du monde moderne sur le plan sociétal, c’est une autre affaire : « Jacquouille la Fripouille trouve la Révolution quand même très intéressante », quand pour Godefroy « la révolution et le changement social qu’elle a opéré est tout à fait catastrophique ».

Heureusement, rencontrer dans ce monde moderne qui le rebute sa « petite petite petite fillote » en la personne de Béatrice de Montmirail, sa belle descendante et le portrait craché de sa Frénégonde, lui donnera le courage nécessaire pour tenter de retourner dans son XIIe siècle afin « d'assurer sa descendance ».

Béa, la « petite petite petite fillote » à l'optimisme inaltérable...

Le film ne serait rien sans le personnage extraordinaire de « Béa » joué par Valérie Lemercier. Une interprétation que l’humoriste a voulu résolument moderne et pleine de bonne humeur. Son personnage est une femme consciente d’appartenir à une famille de renom, mais qui est avant tout portée par un optimisme à tout crin : « même en nettoyant par terre elle sait tellement que le sang qui coule dans ses veines est le bon que rien ne peut arriver. Très positive, elle ne vit plus dans un château mais dans une petite bicoque mais elle trouve qu’on y passe des soirées formidables ». Un rôle joué à la perfection, à l’image de ses deux comparses masculins, dont les répliques ont intégré la culture populaire.

La saveur des dialogues et des situations est considérablement renforcé par son jeu qui semble renvoyer à la psychologie de certaines personnes, ou d’une certaine classe sociale : « Ces gens ne veulent pas trop prononcer les mots, essayent de les survoler, Hubert c’est Hube, Béatrice c’est Béa… c’est un code en fait, j’ai l’impression que ce genre de personnes pensent qu’on les comprend comme ça, même si tout le monde comprend pas… ». 

Une interprétation qui, faisant une large place au travail sur le langage et ses exagérations, contribue encore un peu plus à faire des Visiteurs l'un des films aux répliques les plus cultes du cinéma français. Diiiingue, nan

Rédaction Ina le 27/07/2018 à 10:59. Dernière mise à jour le 27/07/2018 à 11:41.
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