1982, quand des femmes osent dénoncer le droit de cuissage

Administrator dev le 13/10/2017 à 16:09. Dernière mise à jour le 16/10/2017 à 12:12.
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Des employées d'un supermarché de Cachan ont fait grève contre le harcèlement sexuel exercé par leur direction, trente-cinq ans avant #balancetonporc. Un sujet alors tabou.

En grève pour leur dignité. Ainsi commence ce reportage de 1982 qui raconte une situation de harcèlement sexuel dans un supermarché de Cachan, en région parisienne. Les employées font grève, fatiguées des agissements du sous-directeur. "C'est des filles qui se font coincer dans les réserves et se peloter les seins", "J'te pelote, je couche avec toi et tu montes en grade", voilà ce qu'elles racontaient à la journaliste venue les voir. Retranchées dans le magasin, elles ne réclamaient pas la démission du sous-directeur. Juste sa mutation, "pour qu'il comprenne".

Une grève contre le harcèlement sexuel... Elles étaient rares, dans ces années là, à oser dénoncer ces agissements. Trente-cinq ans plus tard, la parole des femmes s'est de nouveau libérée suite à l'affaire Weinstein, ce producteur américain accusé de harcèlements sexuels, agressions et viols. Une parole qui déborde du seul milieu du cinéma. Et qui rappelle que trente cinq ans après la grève de ces femmes en banlieue, ce type de comportement perdure.Ainsi, un appel à dénoncer le harcèlement sexuel au travail est devenu viral sur Twitter ce week-end, sous le hashtag #balancetonporc. Cet appel a été initié vendredi par une journaliste travaillant pour la Lettre de l'audiovisuel, Sandra Muller. Dans son tweet, celle-ci invite à raconter, "en donnant le nom et les détails, un harceleur sexuel que tu as connu dans ton boulot". Pour montrer l'exemple, elle a elle-même relaté des propos tenus par un ancien patron ("Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit"), en citant son nom.
cumulait 26900 tweets. Figurant depuis minuit dans le top 10 des hashtags les plus populaires, il était passé numéro un à 6 heures. Témoignages de femmes visant des supérieurs hiérarchiques anonymes, des responsables de stages ou évoquant des épisodes de harcèlement dans la rue se sont multipliés. A chaque fois, les affaires médiatisées, comme aujourd'hui le scandale Harvey Weinstein, du nom du producteur américain accusé de viol et de harcèlement sexuel, réveillent la parole des femmes. "Le plus triste en fait, c'est qu'on ait toutes une anecdote", notait dimanche une internaute sur Twitter.En 2016, après l'affaire Denis Baupin (le député écologiste accusé d'agressions et de harcèlement sexuels par plusieurs élues écologistes, ce qu'il nie, et dont l'enquête a été classée sans suite), le nombre de saisines de l'AVFT "a triplé".  Ina (avec AFP)