Le 27 juin 1956, Renault présente un prototype appelé à entrer rapidement dans l’Histoire. Sur le circuit de Montlhéry, la petite et élégante Etoile filante fait ses premiers tours de piste officiels. Sans pousser son moteur à turbine, son pilote Jean Hébert marque les 180km/h au compteur. Mais c'est juste un test. Car l'Etoile filante mérite bien son nom... Deux mois plus tard, aux Etats-Unis, elle va inscrire un record du monde de vitesse qui marque les esprits, des deux côtés de l'Atlantique...

Le 5 septembre 1956, sur la vaste étendue plate du lac salé de Bonnevile, dans l’Utah, l’Etoile filante atteint 306,9km/h pour le kilomètre et 308,85 km/h pour cinq kilomètres. Dans sa catégorie de la voiture à turbine, l’Etoile filante reste encore aujourd'hui la voiture la plus rapide du monde !

etoilefilante620

Jean Hébert au volant de l'Etoile filante championne du monde de vitesse, le 5 septembre 1956, sur le lac salé de Bonneville, Utah, USA. Crédits Renault.

La voiture à turbine, c’est Joseph Szydlowski, le patron de Turboméca (l’ancêtre de l’entreprise Safran), qui s’y intéresse dans les années 1950. Cette technologie fait voler les hélicoptères et les avions. Elle équipe aussi certaines locomotives. Alors, pourquoi pas bientôt les voitures ?

En 1954, choisissant comme partenaire la firme Renault, il confie à trois ingénieurs, Fernand Picard, Albert Lory et Jean Hébert la mission de concevoir un prototype destiné à tester la technologie de la turbine à gaz adaptée à l’automobile. L'Etoile filante permettra en fait surtout de tester différents paramètres liés à la vitesse. 

Comme l'expliquent les trois ingénieurs, « pères » de l’Etoile filante, interviewés au lendemain de leur exploit par Henri Spade, il s'agit grâce à ce prototype d'étudier non seulement « les problèmes de turbine, mais aussi des problèmes de recherche très avancés, au point de vue aérodynamique [...], comme les problèmes de tenue de route, [...] les dérives, et en même temps les problèmes de freinage » liés à la très grande vitesse. 

Malgré les succès de l'Etoile filante et ceux d'autres prototypes américains, la turbine à gaz s'avérera trop complexe pour le monde de l'automobile, principalement en raison d'une consommation bien trop importante, même en ces années 1950/1960 où le pétrole reste bon marché.

« Tous les domaines sont ouverts, y compris bientôt les domaines qui paraissent encore de l'ordre du rêve comme celui de l'énergie atomique »

Fernand Picard, concepteur de l'Etoile Filante

Ces années sont justement propices aux rêves industriels les plus fous. A côté de la technologie de la turbine à gaz, certains rêvent même de la technologie nucléaire comme énergie pour les voitures. C'est en tout cas l'avis de Fernand Picard, et celui d'autres industriels, qui, comme Ford ou Chrysler, imagineront des modèles qui ne dépasseront pourtant pas le stade de la maquette.

La technologie de la turbine à gaz, elle, au moins, aura connu son heure de gloire avec le prototype de l'Etoile filante. Mais aucune voiture en série équipée de ce type de moteur n'est encore jamais sorti d'une usine.

En 2016, un article d'Auto Moto annonce pourtant l'arrivée prochaine de la turbine à gaz. Grâce à la voiture électrique, le moteur à turbine pourrait enfin trouver un débouché technologique à la hauteur de ses promesses. Le record établi par l'Etoile filante en 1956 pourrait alors être remis en question... 

Rédaction Ina le 03/10/2018 à 18:48. Dernière mise à jour le 04/10/2018 à 12:20.
Sciences et techniques