« Je voudrais que Paris possède un centre culturel qui soit à la fois un musée et un centre de création, où les arts plastiques voisineraient avec la musique, le cinéma, les livres, la recherche audiovisuelle, etc. Le musée ne peut être que d'art moderne, puisque nous avons le Louvre. » C'est en ces termes qu'en 1970, le Président Georges Pompidou présente son projet ambitieux : le futur centre Beaubourg.
A cette époque, le plateau Beaubourg n'est qu'un terrain vague, un parking de fortune, niché entre le boulevard Sébastopol et la rue du Renard. Les ruelles aux alentours sont anciennes, les immeubles aussi : alors comment Paris accueillera-t-il cet extraterrestre de l'architecture ?
Car le centre Beaubourg est un édifice audacieux. En 1970, Robert Bordaz, conseiller d'Etat, est nommé « délégué pour la réalisation du centre du plateau Beaubourg » : il est chargé notamment de préparer le concours international d'architecture : 681 architectes répondent à l'appel. C'est le projet de Renzo Piano et Richard Rogers qui est retenu.
Leur pari : implanter un bâtiment selon un axe nord-sud, qui respecte la trame urbaine du quartier. Ce parti-pris permet de n'occuper que la moitié du terrain, en dégageant une vaste esplanade, la « piazza ». Le bâtiment, tout de verre et d'acier, se compose de 8 niveaux de 7500 m2 et propose un espace modulable.
Mais surtout, les deux architectes créent la surprise et même la polémique en affichant en couleurs et à l'extérieur du bâtiment, tout ce qui est habituellement caché : des tuyaux d'eau verts, des conduites d'air conditionné bleues, des lignes électriques jaunes, des ascenseurs rouges, des gaines de ventilation blanches envahissent la façade du musée. Renzo Piano, qui affirmait à travers Beaubourg son « refus du conventionnel et du monumental taillé dans la pierre et le marbre », a réussi son coup de maître. A Paris, on crie au scandale.
« Notre-Dame de la tuyauterie », « usine à gaz », « raffinerie de pétrole » ou encore « verrue d'avant-garde » : les surnoms pleuvent sur le nouveau centre d'art. Comme tout projet innovateur, le centre possède ses détracteurs.
Et pourtant l'audace est récompensée et la polémique ne dure qu'un temps. Le 31 janvier 1977, l'édifice rebaptisé « Centre Georges-Pompidou » est inauguré en grande pompe. Et dès le lendemain, ce sont près de 20 000 curieux qui se tournent vers ce mastodonte de la création contemporaine. L'originalité du bâtiment n'y est pas certainement pas étrangère. Richard Rogers se souvient : « Certes il se trouvait des visiteurs pour prendre uniquement l'escalier roulant sans entrer dans le Musée national d'art moderne, mais cela n'avait pas d'importance : c'était leur façon de s'approprier les lieux. Avant d'y revenir. Et c'était là l'essentiel. »
En 1997, au lendemain de ses vingt ans, Beaubourg ferme ses portes pour 27 mois de travaux de rénovation. Réouvert le 1er janvier 2000, il s'est fait encore plus grand, plus spacieux et plus accessible. Un petit coup de jeune qui confirme son statut de star parmi les musées français : à la fin de l'année 2006, il comptabilise plus de 200 millions de visites depuis son inauguration.