Edouard Glissant participe au renouveau intellectuel de la Martinique en développant le concept d' "antillanité".
Né en 1928 dans une plantation, il est admis au lycée Victor Schoelcher de Fort de France où il suit les enseignements du professeur Aimé Césaire. Il poursuit à la Sorbonne des études de philosophie et publie ses premiers recueils poétiques "Un champ d'îles" en 1953 et "La Terre inquiète" en 1954. Il participe également au renouveau culturel négro-africain avec la revue "Présence africaine" et les congrès d'écrivains et artistes noirs de Paris en 1956 et de Rome en 1959. En 1958, son roman "La lézarde" est récompensé par le prix Renaudot.
Très tôt, Edouard Glissant s'engage politiquement en faveur d'une meilleure reconnaissance des peuples antillais. Ainsi, il est interdit de séjour en Martinique de 1959 à 1965 et en 1961 il fonde avec Paul Niger le Front des Antilles-Guyane pour l'autonomie. A Paris, il signe le manifeste des 121 dont Jean-Paul Sartre est à l'initiative, et qui encourage l'insoumission des conscrits Français appelés à se battre en Algérie.
Pouvant s'installer de nouveau en Martinique en 1965, il fonde l'institut martiniquais d'études dont l'enseignement tend à promouvoir la culture antillaise. Il poursuit par la suite son oeuvre romanesque avec notamment "Malemort" en 1975 et "La case du commandeur" en 1981. Directeur du Courrier de l'UNESCO de 1982 à 1988, il est professeur de français à la City University of New York depuis 1995.
Edouard Glissant reprend au psychiatre Franz Fanon l'idée selon laquelle la communauté antillaise est malade. Il estime dès lors qu'il faut travailler à la guérir en lui permettant de se réapproprier un espace, la terre antillaise, accaparée par les colons, et une histoire, celle de l'esclavage et de la colonisation. L' "antillanité" est donc avant tout réappropriation de soi et reconnaissance du métissage culturel et des bienfaits du plurilinguisme (français et créole).
L'oeuvre d'Edouard Glissant, souvent jugée élitiste, est mal connue. Elle incarne pourtant la richesse du métissage culturel de la société antillaise.