André VOISIN nous entraîne faubourg Saint-Antoine, patrie des artisans du meuble, monde en voie de dispartition ruiné par la technique industrielle. Un maître ébéniste, un maître laqueur et un maître sculpteur évoquent leurs souvenirs d'ouvriers du faubourg. Jean MOCQUE, maître ébéniste, rappelle que l'essor original de ce quartier remonte au XIIème siècle lorsque le roi exempta d'impôts les artisans occupant des ateliers placés sur les terres de l'abbaye Saint-Antoine, située Rue de Reuilly. Puis, avec chaleur et conviction, il parle de l'artisan d'autrefois, à l'epoque où la fabrication d'un meuble réunissait une vingtaine de corporations. C'était un "dingue" du boulot, ayant "l'intelligence au bout des doigts". Il travaillait d'abord comme apprenti pendant trois ans, pour la "gloire", car tout partait au feu. Charles DECHAUME, maître laqueur, raconte comment se passait la semaine où l'on travaillait surtout les derniers jours avant la paye hebdomadaire. Et, le dimanche, les ouvriers exhibaient fièrement leur "habit du dimanche", c'est à dire le costume propre à leur métier. Un sculpteur (Maurice POINTAL ou Pierre VILLAINE?) nous rappelle ses débuts dans la corporation. Jean MOCQUE raconte combien les sculpteurs étaient particulièrement estimés, considérés comme des artistes, ils étaient les "rois" partout, les "chouchous" ; ils étaient les seuls à porter la cravate, l'épée et le chapeau. Puis il continue son évocation du quartier : les bistrots, les brasseries, les boutiques à la fois logement et atelier, où on entendait les gars chanter en travaillant. La communauté était aussi très solidaire, très soudée, tant dans la difficulté que dans la joie, le patron était respecté car il connaissait le métier. Il parle de la misère des ouvriers, alors que leurs meubles se vendent des millions aujourd'hui, mais ces hommes étaitent libres, indépendants et fiers de leur métier. Enfin Jean MOCQUE nous raconte la vie mouvementée d'un orphelin de père, triste et malheureux, qui travailla très jeune et quitta un jour le fonds de sa province pour parcourir la France et arriver à Paris avec son livre de compagnon. C'est l'histoire de son propre père à qui il rend hommage avec beaucoup d'émotion.