[Alexandre SOLJENITSYNE à Moscou]

[Alexandre SOLJENITSYNE à Moscou]

Bouillon de culture - 13/11/1998 - 01h17min01s
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Bernard PIVOT, filmé à Moscou sur la Place Rouge, présente cette quatrième rencontre avec Alexandre SOLJENITSYNE. Avant que ne soit diffusé son entretien avec l'écrivain, il nous propose une rétrospective de sa vie illustrée par de nombreuses images d'archives et s'achevant par des images de lui, en train d'écrire dans sa maison des environs de Moscou. A l'occasion de la sortie en France des livres "Le grain entre les meules" et "Esquisses d'Exil", Bernard PIVOT s'est rendu en Russie pour rencontrer Alexandre SOLJENITSYNE. Quinze ans auparavant, l'écrivain lui avait confié la certitude qu'il avait de son retour dans son pays. Alexandre SOLJENITSYNE confirme cette intuition intérieure qui s'est accomplie comme un miracle. Il a été accueilli en Russie avec beaucoup de chaleur par ses concitoyens, mais ainsi qu'il avait prévu, les autorités ont aussitôt étouffé ses messages. Il avait également prédit l'effondrement du communisme, mais n'imaginait pas que seraient choisies les voies les plus absurdes, monstrueuses et destructrices pour son pays. Sa vie est obscurcie par la situation catastrophique de la Russie et de n'avoir pas eu l'influence suffisante pour changer le cours des choses. Il a cependant le sentiment du devoir accompli. Alexandre SOLJENITSYNE a publié un livre "La Russie sous l'avalanche", résultat d'une enquête qu'il a faite à travers 26 régions et où il a rencontré le peuple russe en plein désarroi, inapte à s'organiser, et dont on cherche à étouffer toutes les initiatives locales. Alexandre SOLJENITSYNE compare la Russie à un pays sorti d'une guerre civile et qui a perdu ses forces vives. Nombreux sont les suicides et les morts provoquées par les alcools frelatés. Les jeunes veulent partir vivre à l'étranger, le patriotisme est l'apanage des ex-communistes, le désespoir est partout. L'argent est devenu la principale valeur et au gouvernement on s'est désintéressé des arts et des sciences. Deux cents personnes, élus par les magnats du capitalisme, gouvernent la Russie ne pensant qu'à leurs propres profits, et vivant mieux que les tzars. Ce totalitarisme de l'argent est aussi destructeur que ceux que notre siècle a déjà connus. Alexandre SOLJENITSYNE voyage pour rencontrer le peuple russe et propager ses idées, mais comme l'information ne circule pas en Russie, son action est très limitée. De plus, sa santé ne lui permet plus ces nombreux déplacements. Il garde toutefois optimisme et espoir, dons de Dieu, qui sont avec lui depuis toujours malgré les épreuves. Il repense avec frémissement à ces années dans Le Vermont, et sait à présent que sa place est en Russie. La démocratie américaine n'a pas non plus grâce à ses yeux. Elle représente pour lui la voix des partis et de la presse et non celle du peuple. Il apprécie toutefois en Occident la bonne marche de la vie locale. "Broyé par la meule soviétique "pendant ses 20 ans d'exil, Alexandre SOLJENITSYNE a connu également l'hostilité des intellectuels américains, qui est vivace aujourd'hui encore. Il explique cette hostilité, parfois cette haine et ces calomnies, du fait qu'il se déclare comme patriote et qu'en Occident, le nationalisme russe est considéré comme un mal plus grand que le communisme. Il se considère comme un conservateur attaché à la tradition russe, mais non comme un ennemi du développement. Alexandre SOLJENITSYNE est reconnaissant à l'Amérique de lui avoir permis de travailler à son oeuvre, à la bibliothèque du Vermont de lui avoir procuré les livres dont il avait besoin, à la France de l'avoir accueilli avec chaleur, et à Dieu qui a été miséricordieux avec lui, qui lui a fait traversé toutes les épreuves en lui donnant la force. Sa vie est une preuve de l'existence de Dieu, car, il n'aurait pas pu inventer une vie comme celle-là tout seul. Ses prédictions pour le 21ème siècle ne sont pas optimistes, et c'est avec tristesse qu'il pense aux tragédies qui nous attendent : la plus effrayante sera la transformation des hommes par la technologie et la biologie. Le voeux qu'il formule pour son 80ème anniversaire est de pouvoir vivre le plus longtemps possible pour pouvoir achever ses travaux. L'entretien s'achève sur un merci chaleureux (en russe) de Bernard PIVOT à Alexandre SOLJENITSYNE et réciproquement, accompagné d'une longue poignée de mains. En conclusion de l'émission, SOLJENITSYNE lit un poème en prose (soustitré).

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Production

Annonceur, Paris : France 2


Générique

Hermant, Michel
Pivot, Bernard
Soljenitsyne, Alexandre
Pivot, Bernard

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