Le graffiti urbain se développe dans un contexte de tensions politiques : pendant les révolutions sous l’occupation, en mai 68, sur le mur de Berlin ou dans les régions où se posent des problèmes d'autonomie. Vers la fin des années 60 et dans plusieurs pays des deux côtés de l'Atlantique, du fait notamment de la disponibilité d'aérosols de peintures « émaillées » (originellement destinées à la peinture d'automobiles), une partie des graffitis a gagné une vocation esthétique et a alors muté en fresque.
Phénomène d'expression hors norme, hors murs (des musées) mais sur les murs (des villes) le graffiti moderne est née dans les rues de New York quand une poignée de jeunes commencent à graffer leur prénom, auquel ils ajoutent le numéro de leur rue. Mais rapidement par besoin de reconnaissance, ils s'attaquent au métro, plus visible. Le graffiti a acquis ensuite ses marques de noblesses avec des artistes utilisant de véritables typographies en déclinant l'écriture de leurs message afin d'en augmenter la visibilité ou d'en développer le style pour marquer la mémoire collective ne serait-ce que dans leurs milieu.
Le mouvement évolue , vers d'autres villes, d'autres formes, plus audacieuses, plus colorées, et toujours plus grandes. Et les gamins deviennent des artistes, aussi atypiques que leur art. D'ailleurs est-ce de l'art ? Certainement pas pour les autorités. Certainement pour tous ceux qui découvrent ces fresques, géantes ou modestes sur les murs de leurs villes. Ces œuvres qui apparaissent et disparaissent au gré d'une lutte urbaine aussi discrète que constante.
Malgré son omniprésence, cette forme d’expression essentiellement illégale, qualifiée par certains "de plus beau crime du monde" possède une histoire peu connue du grand public et continue d’évoluer en marge du monde artistique contemporain. L’exposition à la Fondation Cartier atteste toutefois d’une certaine reconnaissance et "s’efforce de tracer les contours d’un territoire vaste et complexe, qui englobe aujourd’hui quantité de techniques, d’idées et de courants différents". Aujourd’hui, le graffiti se pose tel le médium de l'aventure urbaine.