Michel DROIT interviewe Eugène IONESCO à propos de la pièce "La soif et la faim", interprétée à la Comédie française. IONESCO raconte d'abord comment il est arrivé en France avec ses parents, qui venaient de Roumanie. Il considère le français comme sa langue maternelle, car il a appris le roumain après le français. "La soif et la faim" a provoqué des réactions violentes lors des représentations, notamment pendant une scène où les personnages récitent une version parodique du Notre père. Il n'a pas écrit cette scène par provocation. Pour lui, il s'agit d'une critique de l'Inquisition et d'une défense des libertés. IONESCO ne pense pas être devenu conformiste en jouant sa pièce à la Comédie française. Pour lui, ce théâtre n'est pas forcément conventionnel, cela dépend des pièces qui y sont jouées. L'avant-garde ne se joue pas nécessairement dans les théâtres privés comme à La Huchette. Il se considère toujours comme un auteur d'avant-garde. Il estime que le nouveau roman n'est plus une expérience mais une école littéraire totalitaire, qui ne tolère pas d'autres formes de littérature. L'entretien se termine par une vision de l'avenir de l'art en général et du théâtre en particulier : Eugène IONESCO pense qu'il y aura de plus en plus d'auteurs dramatiques et que le théâtre va se développer.