Le profil intellectuel et d'anciennes pratiques culturelles font de Georges Pompidou (Président de la République en 1969) un bon représentant des élites des années trente. Amateur d'art, intellectuel, le président donne à l'action de l'Etat dans le domaine culturel une nouvelle forme : c'est lui qui prend les grandes initiatives dans le domaine culturel, qui fixe les orientations de l'action publique et qui détermine quelquefois personnellement les choix sans qu'il soit question d'un art officiel et privilégié.
Son premier but déclaré est de reconstruire à Paris un centre artistique international. Il organise pour cela une exposition-bilan "12 ans d'art contemporain en France" et prépare la création du Centre Beaubourg qui portera son nom : "Je voudrais passionnément que Paris possède un centre culturel, à la fois musée et centre de création" déclare-t-il en 1972. Après les projets velléitaires de Malraux pour un musée du XXe siècle à la Défense, la décision est prise de situer le nouvel équipement aux Halles. Un concours international d'architecture est organisé et remporté par deux architectes Rogers et Piano, dont le projet est d'une modernité flagrante. Dans ce centre Pompidou, l'idée est de substituer la notion de politique culturelle à celle d'incitation à des pratiques culturelles. Des équipes indépendantes définissent et orientent ces pratiques comme dans une industrie. A Beaubourg, sont réunies des activités relevant de disciplines différentes : le MNAM (musée d'art moderne), la BPI (bibliothèque publique d'information), le CCI (centre de création industrielle) et l'IRCAM (centre musical).
Cette "action culturelle concertée" correspond aux orientations de Pontus Hulten, premier responsable du Centre : le cloisonnement entre les arts appartient au passé et le rapprochement entre les disciplines permet d'entreprendre des projets de collaboration plus vastes, de création, d'achats, d'exposition ou de pédagogie. Le Centre Beaubourg remporte un beau succès dès son ouverture, le nombre d'entrées gratuites dépasse les six millions en 1977 et passe à sept millions sept cent mille en 1983. Le MNAM accueille un million deux à un million cinq cent mille visiteurs par an (1977-1983), au lieu des cent mille visiteurs annuels du Quai de Tokyo. L'importance et la fréquence des grandes expositions organisées au MNAM souligne bien l'étendue des changements.